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François CAVANNA

Crève, Ducon !

La publication des derniers textes de Cavanna a réjoui ses fidèles lecteurs et en a conquis de nouveaux. C’est le Cavanna qu’on a aimé : son franc-parler, qui ne sacrifie jamais au « politiquement correct », son humour décapant, sa gouaille fleurie parfois crue. Même devant la maladie et la fatigue extrême, il trouve l’énergie d’en rire et de nous faire rire. 
Lire Cavanna demeure un plaisir jubilatoire. C’est un amoureux de la langue, ses mots et ses images sont choisis avec soin.
 « Ça foutait dans la foule épaisse comme une tonsure sur la tête d’un moine. »
« Je pense à ce pauvre Voltaire et à ses tibias squelettiques autour desquels les bas de soie blancs faseyaient tristement comme les voiles d’une goélette par calme plat. »

Comme dans Lune de miel, son précédent livre, il se remémore des souvenirs anciens où les gens du « petit peuple » sont les héros, des gens qu’il aime et dépeint si bien : Roger, Carmen, Jean-Jean, Pot-de-Fleurs. Ce sont des anecdotes de son enfance, des souvenirs de la guerre où il fut enrôlé au STO, des portraits de Choron et d’autres de Hara-Kiri ou de Charlie. Le tout mêlé à sa vie actuelle de vieille carcasse qui n’a rien perdu de sa pétulance, de sa grivoiserie, de sa tendresse.

Il porte un regard aigu sur le monde puis décoche ses flèches en plein dans le mille. Il constate les changements de son quartier ; à mesure que les vieux clamsent, des plus riches s’installent et les prix montent. Le petit peuple est chassé vers les banlieues et Maubert, « réputé ultra tendance devient pissotière pour pédés à pognon aussi authentique que Saint-Germain des Prés ou le Marais. Merde. »
Dans le chapitre « Hiver », son récit s’apparente à un travelling à travers son quartier. C’est une course poursuite invraisemblable dont il devient le témoin fictif.
Son passage chez Pivot avec Bukowski vaut le détour.
Et l’histoire de Toubo, l’orang-outang du Jardin des Plantes et de ses amours...

Tous ses souvenirs s’égrènent au fil du présent douloureux mais adouci par la présence de l’ange gardien, la fée clochette Virginie. Lectrice et admiratrice inconditionnelle de son œuvre, elle s’est improvisée gouvernante, secrétaire et se révèle d’une efficacité redoutable. 

Nous découvrons, caché derrière ce grand escogriffe, un tendre plein de délicatesse. Ce livre posthume est comme le cadeau d’un vieil ami que l’on retrouve avec  plaisir.

Nadine Dutier 
(01/07/20)    



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Lectures








Gallimard

(Janvier 2020)
240 pages - 18,50 €

Version numérique
12,99 €








François Cavanna
(1923-2014)
écrivain, journaliste et dessinateur, a publié plusieurs dizaines d'ouvrages.


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