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Cécile PIVOT

Les lettres d’Esther


Le roman de Cécile Pivot est un roman épistolaire même si un narrateur extérieur à la correspondance intervient de temps en temps pour décrire la réaction d'un destinataire ou relater une intrigue en marge des échanges.

Esther, libraire à Lille, décide d’animer un atelier d'écriture où chaque participant écrira à deux membres de l'atelier et commencera par répondre à la question "Contre quoi vous battez-vous ?". Ils sont six à s'inscrire. « Juliette et Nicolas Esthover m’ont envoyé un mail chacun de leur côté, à quelques heures d'intervalle. Ils se recommandaient du docteur Montgermon, n'en disaient pas beaucoup plus. Quatre autres personnes ont suivi. Jean Beaumont, un homme d'affaires qui passait sa vie à voyager ; Alice Panquerolles, hypnothérapeute lyonnaise ; Samuel Djian, un jeune garçon qui s'est contenté d'un "Pourquoi pas votre atelier puisque je dois trouver un truc à faire ?" ; Jeanne Dupuis, la plus enthousiaste dont on entendait à la voix qu'elle n'était plus toute jeune. » Cinq resteront dans l'atelier. Mais surprise : « Pas un, constatai-je, étonnée, ne parlait d'écrire un livre ou n'avait un manuscrit en sommeil dans un placard. »

Au fil des lettres, Juliette et Nicolas, Jean, Esther, Samuel vont se construire en personnages fragiles, exposer de plus en plus précisément « contre quoi ils se battent ». Qui de la colère, de promoteurs stupides, des atteintes à la dignité animale, qui de la mort du frère aîné, d'une dépression post-partum ou d’une vie privée et professionnelle dans un désert affectif...
Ils vont peu à peu grandir, prendre de l'épaisseur en parlant de leur métier, de leur environnement et devenir des personnages complexes et attachants.

Au fil des rédactions, ils vont mettre des mots sur leurs maux, leurs crises, cernant eux-mêmes mieux leurs problèmes et finir par trouver des solutions. Car c'est en fait l'écriture et le temps épistolaire qui leur permet un de se « sauver ». « L'écriture m'apporte beaucoup. Elle m'oblige à ne pas riposter dans l'immédiateté. Si, au lieu de me l’écrire, il m'avait dit tout ça en face, j'aurais paniqué, transformé ses propos, décrété qu'il ne savait pas s'il m’aimait encore et que, dès lors, il était préférable de nous séparer. »

Au fil de la correspondance et des exercices d'écriture (dialogue, monologue, « dix ans après »...) ils vont se reconstruire et composer un roman d'histoires d'amour.

Roman émouvant, attachant, qui est un bel hommage à la lenteur de l'épistolaire et la construction d'un objet littéraire.

Michel Lansade 
(10/09/20)    



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Lectures








Calmann-Lévy

(Août 2020)
320 pages - 19,50









Cécile Pivot
est journaliste.
Les lettres d’Esther
est son deuxième roman.