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Céline JACQUOT


Le gardien des moabis

Mobou, un jeune Pygmée, vit dans une clairière entourée d’une forêt dont le rôle est essentiel, avec ses arbres, sa végétation et ses animaux, pour tous les habitants de son village qui connaissent parfaitement cet environnement.

« Les bruits qui s'échappaient de ce monde vert auraient effrayé des petites oreilles non averties. Des bruits, faibles et forts, à tous les étages de la forêt, des sous-bois touffus à la cime inaccessible des arbres. Ainsi, chaque feuille frémissait, chatouillée par les caresses fragiles d'un papillon, l'ouvrage besogneux d'un insecte ou le glissement silencieux d'un serpent. On entendait ici et là des craquements de branche, ployant sous le poids des jeux acrobatiques d'une famille de singes. La forêt bruissait de grognements, gloussements, pépiements et autres sons singuliers. »

En principe, les Pygmées ne sont pas sédentaires mais là cela fait trois ans qu’ils vivent sur le même lieu car Mobou est scolarisé dans le village des Grands Noirs. Il est doué et parle bantou, baka et français. Il a aussi comme ami, Papaye un singe bonobo, adopté par sa famille et qui est reparti vivre dans la forêt. Le lien qui les unit continue car Papaye revient voir régulièrement Mobou.

Celui-ci a dix ans mais il a le désir de chasser comme les grands. Malgré la peur, puisque c’est la première fois qu’il part seul, il s’enfonce dans la forêt pour attraper un gros rat de Gambie.

« Pour se donner du cœur à l'ouvrage, il essaya de repérer les grands moabis, ces arbres sacrés, vénérés par les Pygmées et dont les fruits régalent les éléphants. Il en vit un énorme, majestueux. Mobou caressa avec respect le tronc de ce géant de la forêt et y colla son petit corps. Dimbelé disait qu'en touchant les moabis, on devenait plus fort. L'oreille contre l'écorce de l'arbre, l'enfant entendait couler la sève. La peur qui le tenaillait depuis qu'il avait quitté le chemin des chasseurs s'apaisa. Mobou resta de longues minutes debout dans cette étrange communion avant de se décider, le visage griffé par l'écorce, à reprendre la route. »

Le temps passe, la nuit arrive et ses parents risquent de le gronder mais quand il rentre au village, il n’y a plus personne dans les huttes ! Ils sont tous partis dans le village des Grands Noirs où doivent arriver deux Blancs, membres d’une ONG. Ils viennent construire une école et étudier les richesses de la forêt. Tout le monde veut les voir et leur souhaiter la bienvenue en République démocratique du Congo.
Mobou entrera peu à peu en contact avec Christian et Jeanne, le couple de Blancs. Il aidera Christian dans l’étude de la faune et de la flore de la forêt.

Ce bel équilibre va basculer quand des fonctionnaires de Kinshasa arriveront pour créer une route en détruisant la forêt et en déplaçant les Pygmées Bakas un peu plus loin dans des huttes en béton car le chef du village des Grands Noirs y voyait des intérêts pour son village et a accepté ce terrible contrat.

Comment les Pygmées vont-ils faire pour défendre leur bien, cette forêt pleine de tant de richesses ? Comment Christian et Jeanne vont-ils se positionner ? Arriveront-ils à empêcher le chantier ?

C’est un roman très intéressant sur la vie des Pygmées et leur rapport à la nature. Cela montre bien les difficultés qu’ils rencontrent pour continuer à vivre en respectant la nature, à contre-courant du fonctionnement du monde moderne.

Et l’attrait de l’argent joue, comme d’habitude, un rôle bien nocif. 

Brigitte Aubonnet 
(16/11/20)    



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Jeunesse







Le Muscadier

(Octobre 2020)
160 pages - 12,50















Céline Jacquot,
journaliste, a parcouru le monde et ses voyages nourrissent ses livres.