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Alice FERNEY

L’intimité



Ada part accoucher avec Alexandre, son compagnon. Elle laisse Nicolas, cinq ans et demi, le fils ainé, chez Sandra qui va le garder pendant la durée de cet heureux évènement.

Sandra est une libraire féministe, une femme indépendante qui vit très librement et se refuse à la maternité. « L’utérus est l’ennemi numéro un de l’égalité, l’organe sexiste par excellence, il faudrait ne pas s’en servir, avait écrit Sandra dans un article provocateur. On naît femme mais on peut ne pas le devenir. C’était la décision à laquelle elle se tenait quant à elle : ne pas passer le pacte avec la nature, ne pas douter que la nature est puissante. La propriétaire de la Libraire des Èves, féministe active au sein du groupe de réflexion Les Hérétiques, n’était pas, on le voit, un épigone de la grande Simone. »

« Près de cent femmes meurent en France chaque année en accouchant, ça fait presque un accident tous les trois jours, depuis que je l’ai découvert je ne peux m’empêcher d’y penser, après tout, pourquoi cela ne tomberait pas sur moi ? » avait confié Ada quelques semaines avant d’accoucher. La réalité a malheureusement été au rendez-vous de ses craintes. Sophie est née, Ada est morte.

Le roman ouvre l’histoire personnelle d’Ada et d’Alexandre sur l’exploration de toutes les raisons, les conditions, les interrogations… concernant la maternité, la vie de couple, la sexualité et ses diverses façons de l’envisager.

Alexandre se pose beaucoup de questions et culpabilise car c’est lui qui a insisté pour avoir un autre enfant puisque Nicolas n’était pas son fils : « – Nicolas ne me suffisait pas, je voulais moi aussi un enfant. Et maintenant j’ai peur de Sophie et je gémis après Nicolas ! On veut toujours ce qu’on n’a pas, sans réfléchir à ce qu’on possède. »
Sophie sa fille n’a pas connu sa mère mais elle sera très entourée et aimée, notamment par Sandra, ce qui n’empêche pas les multiples interrogations d’Alexandre : « Il s’étonnait de ses sentiments. N’avait-il pas méconnu puis découvert qu’il avait une famille ? Il en tirait une leçon : lorsque s’est envolé et perdu le trésor qu’on ignorait, on reste stupéfait devant sa propre imbécilité. »

Avec Sandra, qui est devenue une amie et une confidente, ils vivent quasiment ensemble puisqu’ils sont voisins, mais Sandra garde son indépendance et elle n’est pas amoureuse d’Alexandre. Leur relation amicale leur permet d’être francs dans leurs discussions :
« – Tu n’as pas peur d’une petite fille ! dit Sandra.
– C’est toi qui me dis ça ?
– Ne compare pas des choses pas comparables. Tu as désiré devenir père.
– Maintenant c’est comme si j’avais désiré la mort d’Ada. Vais-je arriver à aimer cette enfant ?
– Tu l’aimeras de plus en plus, le processus le veut, tu donneras ta vie pour cette petite. Et tu jouiras comme les autres d’être dépossédé par ton rejeton. C’est pour cette raison que je n’en veux pas. Je ne veux pas changer. »

C’est un texte romancé, parfois à la limite de l’essai, tout à fait passionnant sur les influences et les pressions de la société sur les comportements individuels. Il est constitué par de très nombreux questionnements mais n’est-ce pas ainsi que l’on évolue dans sa vie, en s’interrogeant sans cesse sur nous, sur nos actions, sur nos relations avec les autres ? Les personnages présentent chacun leur point de vue, il y a beaucoup de réflexions, de questions mais chacun se fera sa propre idée sur ce sujet complexe de la vie de couple, la vie familiale et la maternité qui connaît actuellement de très grands bouleversements. Alexandre rencontrera Alba qui aura, elle aussi, une tout autre idée de la maternité…

À lire donc, pour continuer à s’interroger. C’est ainsi que l’on reste vivant.

Brigitte Aubonnet 
(27/08/20)    



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Actes Sud

(Août 2020)
368 pages - 22 €










Alice Ferney


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