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David FOENKINOS


La famille Martin

La famille Martin nous accueille au sein de son intimité.
Cette invitation à nous immiscer dans le quotidien de chacun de ses membres nous est lancée par son créateur, David Foenkinos.
Voilà un auteur qui nous a habitués à un mode d’expression plein de pudeur et de délicatesse.
Que se passe-t-il donc ? Quelles raisons le poussent à nous rendre, nous lecteurs, témoins d affaires aussi privées ?
Certes, il organise notre visite de façon à ne pas nous transformer en intrus dénués de toutes bonnes manières. Il nous confie à son narrateur.

Un narrateur, écrivain lui-même... quelle coïncidence !
Nous le découvrons en pleine crise de la page blanche. Nous devenons complices de sa cogitation : « J’avais du mal à écrire ; je tournais en rond. Pendant des années, j’avais imaginé de nombreuses histoires, ne puisant que rarement dans la réalité. »
Fiction/réalité, un tandem ambigu s’installe dans notre tête ... Fiction ou réalité ? Créativité ou confidence ?

À y regarder de plus près, le parallèle narrateur/auteur se brise assez vite.
Là où le premier se prête à une expérience bâtie sur le hasard, le second, lui, élabore son récit avec méticulosité.
Mais peu importe de savoir qui est qui. Ce qui compte dans cette trouble superposition, c’est ce qui en découle.
En bousculant les frontières entre les univers, l’auteur bouscule nos perceptions et nous intègre à l’action comme si nous y étions.

L’action, portée par une héroïne au nom improbable, de ceux qui ne « s’inventent » pas pourrait-on dire... Madeleine Tricot.
C’est elle qui pose la première pierre, la première maille, d’une trame tissée au fil du temps. Comment ne pas considérer Madeleine comme une réminiscence proustienne en quête du temps perdu...
Proust, cité, n’est d’ailleurs pas le seul « collègue », selon le terme du narrateur, dont il s’entoure. La présence de François Villon offre un moment d’humour des plus savoureux.

De l’humour, de la nostalgie, de l’empathie, de la colère, de la joie, de la tristesse, de l’hésitation, de l’assurance... Le narrateur éprouve une large palette de sentiments et d’émotions que nous partageons, l’auteur nous ayant subtilement placés aux côtés de son porte-parole.

Nous émouvoir, nous divertir, nous amener à réfléchir, nous enrichir, voilà une combinaison réussie, de celles qui à défaut de contenir « tous les ingrédients du succès » - son narrateur nous prévient qu’il n’est absolument pas amateur de cette expression - participent à ce que nous aimons qualifier de « magie Foenkinos »

Une magie qui est touchée du doigt par son double (ou pas) lorsqu’il nous livre sa quête du Graal à la façon d’un peintre ou d’un sculpteur face au nombre d’or :
« Je vois toujours les livres à écrire comme des formes géométriques dont il faut doser les différentes forces en puissance pour produire une composition homogène. À mes yeux, un roman doit être rond. »

Eh bien, ce roman est d’une rondeur absolue. Il ressemble à ces poupées gigognes, à l’embonpoint marqué, qui ouvrent leurs strates l’une après l’autre, pour libérer la plus petite, la plus fragile.

Son auteur, tel un spéléologue, après nous avoir guidés au cœur de l’action, nous entraîne dans les profondeurs du vécu de ses personnages, jusqu’à nous révéler le trésor niché au creux de leurs existences.

La famille Martin possède un don précieux, celui de faire jaillir la lumière de l’obscurité.
David Foenkinos possède un talent rare, celui de faire jaillir l’extraordinaire de l’ordinaire.

Catherine Arvel 
(23/12/20)    



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Lectures







David FOENKINOS, La famille Martin Gallimard
(Octobre 2020)
240 pages - 19,50 €

Version numérique
13,99 €






David Foenkinos,
né à Paris en 1974,
est l'auteur d'une vingtaine de livres traduits dans une quarantaine de langues et récompensés par de nombreux prix dont le Renaudot en 2014.



Bio-bibliographie sur
Wikipédia





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