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Marie-Hélène LAFON


Histoire du fils


Nous suivons les méandres d’une famille au long d’un siècle, d’avril 1908 à avril 2008. En chapitres courts, grâce à une structure complexe et passionnante ainsi qu’une écriture toujours aussi percutante, propre à Marie-Hélène Lafon, nous naviguons entre le passé et le présent.

Armand et Paul sont jumeaux, ils ont un frère plus petit Georges. Un drame terrible frappe la famille.

Paul et Georges iront étudier en internat à Aurillac : « Paul Lachalme avait froid aux pieds à l’étude du soir. On avait été rendu à son état d’enfance, on ne deviendrait pas un héros, on ne serait pas mort au champ d’honneur, il était trop tard pour tout ; on dépendait, on redevenait impuissant, on n’avait jamais cessé de l’être, on subissait et on se débattait avec tout ça, les semaines, les pieds froids, la première Bucolique et autres purges scolaires. »

Paul est brillant dans ses études. Un hiver, il sera soigné par Gabrielle, infirmière de l’internat, avec laquelle il partira à Paris.
Gabrielle aura (de Paul mais sans qu'il le sache) un fils, André, qui sera élevé et choyé par un oncle et une tante. Il ne verra sa mère, qui vit à Paris, qu’au moment des vacances qu’elle vient passer à Figeac. André n’aura pas de contact avec son père.

Antoine, le fils d’André, le dernier de la lignée, découvrira beaucoup de son passé en venant en pèlerinage à Chanterelle. « Le territoire perché du père est là, son père est né et a grandi là ; […] Chanterelle fut le fortin du père ; on le comprend tout de suite à la vue de la bâtisse à deux corps qui occupe le côté gauche de la place et fait face à la Mairie. »

C’est un roman où la structure joue un rôle essentiel. Nous changeons d’époque régulièrement et les pièces du puzzle s’emboitent avec une grande pertinence au fil du texte.

Nous retrouvons l’importance des odeurs si bien rendues par Marie-Hélène Lafon : « Attendre, attendre. Il avait froid aux pieds et sentait fort, lui aussi, pas comme Mourot, mais fort et pas bon. Il se reniflait, il fermentait. Restaient les femmes, les corps des femelles ; à part lui il disait les femelles il aimait le tremblement carnassier de ce mot ; les femelles donc, et ce qu’elles cachaient, tenu serré sous leur corsage et entre leurs genoux. Il flairait ça, il voulait ça. Il était prêt pour la grande chasse, armes fourbies. On en parlait entre garçons, avec des mots crus. »   

Ce texte relate une histoire familiale complexe avec ses drames, ses secrets, ses extravagances, ses lâchetés, ses hontes, ses soumissions et ses indépendances avec la force et la justesse d’écriture de Marie-Hélène Lafon. C’est une très belle exploration familiale et littéraire.

Brigitte Aubonnet 
(20/08/20)



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Buchet-Chastel

(Août 2020)
176 pages - 15 €





Marie-Hélène Lafon

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