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Oscar LALO

La race des orphelins


« Je serais née dans une maternité SS : un Lebensborn. Je ne sais pas lequel. Il en aurait existé trente-quatre pendant la Seconde Guerre mondiale. Dont neuf en Norvège. Où ma mère aurait accouché. »
« Le projet Lebensborn date de 1935. Le sombre projet de remplacer la race inférieure par la race supérieure. La seule race que les SS aient créée est la race des orphelins. »

Le roman d’Oscar Lalo se présente comme le journal d’Hildegard Müller, 76 ans, qui aurait engagé un « scribe », comme elle le nomme, pour essayer de comprendre et témoigner de son existence et plus largement de celle de ces enfants de la honte, ces enfants de boches, ces enfants de nazis, conçus dans les « Lebensborn », ces pouponnières-laboratoires inventées par Himmler pour concevoir une armée de purs nazis.

Le livre est construit en fragments. « Peu de lignes par page pour aérer cette Histoire qui m’étouffe. » Hildegard sait à peine lire et écrire. Alors elle parle, le scribe enregistre, écrit le soir et lui lit le texte le lendemain. C’est évidemment très émouvant de suivre ce travail au jour le jour, d’entendre cette femme évoquer la honte d’une petite enfance, de la naissance à deux ans, dont elle n’a aucun souvenir mais qui a fait d’elle une paria. Elle est née en 1943 dans un Lebensborn mais en 1945, après le suicide d’Hitler, les SS ont détruit le plus d’archives possible. « Je suis peut-être norvé­gienne. En fait, à cause de l'avancée des troupes alliées, les SS auraient trimballé tous les enfants des Lebensbom dans des camions direction Steinhöring. Ce qui confirme que nous sommes bien "les enfants de la honte". La leur. Pas la nôtre. Il faut arrêter de nous la faire porter. J'écris ce journal aussi pour ça. Pour nous laver de la honte SS. » Le Lebensborn de Steinhöring se trouvait à quarante kilomètres de Munich. C’est là que les soldats américains ont découvert les enfants regroupés et abandonnés.
Peu à peu tout de même, le scribe va aider Hildegard dans la recherche de ses origines. Son journal, à la fois quête et enquête, apporte beaucoup d’informations sur la création et le fonctionnement des Lebensborn, sur les femmes et les hommes sélectionnés pour s’y reproduire, sur ce que peuvent ressentir les orphelins nés de ces relations fugaces programmées par des cerveaux malades pendant près de dix ans.

Hildegard s’est mariée avec un homme né dans un Lebensborn en France et ils ont eu trois enfants. C’est tout ce que nous saurons du reste de sa vie. « Tout ce dont ma mémoire se souvient et dont elle se serait bien passée, je ne vous le raconterai pas. Pas ici. Pas maintenant. Il s'agit d'un autre livre que je ne suis pas certaine d'avoir envie d'écrire. »

Le scribe est arrivé avec deux valises de livres et Hildegard lui a demandé de lui faire la lecture, en commençant par Le Journal d’Anne Frank, puis Hannah Arendt, Le procès de Franz Kafka…

En fin d’ouvrage, l’auteur fournit une abondante liste de ses sources, une douzaine de pages de livres et de films pour mettre en lumière tous les aspects de cette monstrueuse tragédie.

Après Les contes défaits qui évoquait ses séjours d’enfant dans un centre de vacances géré par un couple pervers, Oscar Lalo réussit un deuxième roman aussi émouvant que passionnant sur les traces indélébiles que l’enfance volée laisse dans le corps et l’âme d’adultes subissant une honte dont ils ne sont pourtant que les victimes.

Serge Cabrol 
(27/08/20)    



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Belfond

(Août 2020)
288 pages - 18









Oscar Lalo,
a écrit des plaidoiries, des cours de droit, des chansons, des scenarii.
La race des orphelins
est son deuxiéme roman.



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son premier roman :

Les contes défaits