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Malin LINDROTH

Quand les trains passent...


Ce court roman évoque un cas de harcèlement au collège, pas seulement du point de vue de la victime mais en donnant la parole à une complice des harceleurs, qui ne peut échapper à la honte malgré le temps qui passe.

« Bien sûr, je pourrais venir avec des excuses.
C'était il y a longtemps, je pourrais dire. J'étais jeune... et conne... à l'époque, j'avais quinze ans... et je savais pas grand-chose. C'est un truc comme ça que je me dis chaque jour depuis dix-sept ans. »

Même longtemps après, mariée, mère de famille, la narratrice éprouve toujours la même culpabilité et le même remords envers ce qui a commencé comme une mauvaise blague. Son mari lui dit d’oublier cette pénible histoire mais elle n’y arrive pas. Peut-être que la raconter, vraiment, dans les détails, lui permettrait de mieux comprendre ce qui s’est passé, pourquoi elle y a participé. Alors, elle essaie…

Suzy Petterson était dans la même classe que la narratrice depuis longtemps, peut-être depuis la maternelle. « Et pourtant je pouvais pas dire que je la connaissais bien. Il n'y avait personne dans la classe qui la connaissait vraiment. On la trouvait vraiment pas possible. Bouchée à l'émeri, comme on dit. Silencieuse et pâle, avec ses grands yeux sous sa frange, elle flippait. Toujours à l'écart, assise toute seule au premier rang... elle se mordait les lèvres. Et puis ces fringues bizarres qu'elle avait... Y avait des rumeurs qui disaient que sa mère, qui travaillait comme aide-ménagère chez les retraités, récupérait des vêtements qu'elle lui rafistolait. Mais on ne savait jamais rien de sûr quand il s'agissait de Suzy P. Elle était quelqu'un qui était toujours en dehors de tout. »

Il ne fait pas bon être « différent », de quelque manière que ce soit, quand on est au collège !
L’esprit de meute prend vite le dessus et cherche toujours de nouvelles proies.

En l’occurrence, il s’agissait ici de faire croire à Suzy qu’un garçon était amoureux d’elle. Tout le monde pensait qu’elle comprendrait tout de suite que c’était un canular, qu’on cherchait seulement à se moquer. « Mais elle n’a rien compris. Au contraire, la nana s’est emballée, ses yeux ont commencé à briller… »
Alors la blague a continué.

C’est Johnny, le petit ami de la narratrice qui a joué le rôle de l’amoureux transi. Et Suzy y a cru. Elle le suivait partout, il ne savait plus comment s’en débarrasser et les autres pariaient de l’argent pour que ça continue…

Jusqu’où une petite bande est-elle capable d’aller pour s’amuser ? Pourquoi Suzy n’a-t-elle pas réagi ? Pourquoi Johnny a-t-il accepté le rôle ? Pourquoi la narratrice ne s’est-elle pas interposée ? Ce sont toutes ces questions qui nourrissent le texte et pourraient faire réfléchir beaucoup d’ados sur les attitudes qu’ils adoptent, les choix qu’ils font, sur la façon dont leurs actes peuvent ruiner la vie de quelqu’un mais aussi la leur et les enfermer dans une culpabilité inavouable et insurmontable. On est responsable de ce qu’on n’essaie pas d’empêcher, écrivait Sartre. Mais s’opposer aux autres demande parfois un sacré courage !

Serge Cabrol 
(14/09/20)    



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Jeunesse







Malin LINDROTH, Quand les trains passent...
Actes Sud Junior

D'une seule voix
(Septembre 2020)
64 pages - 9,80


Traduit du suédois
par Jacques Robnard








Malin Lindroth,
née en Suède en 1965, est écrivaine (poésie, nouvelles, romans, théâtre) et journaliste culturelle.