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Daniel PICOULY

Longtemps je me suis couché de bonheur


Avec beaucoup d’humour et de tendresse, selon son habitude, Daniel Picouly plonge la banlieue de son adolescence dans un univers proustien. La rencontre d’une jeune Albertine dans une librairie déclenche en lui une véritable proustomania. De la gardienne de l’immeuble aux professeurs du collège en passant par son plus proche copain, tout le monde prend sa place et joue son rôle dans cette drôle de fresque banlieusarde et littéraire. Une façon pudique et réjouissante d’évoquer son adolescence, sa famille, sa passion pour Proust et son désir de devenir écrivain.

On est en mars 1964, le narrateur, comme l’auteur, a quinze ans. Il est le onzième d’une fratrie de treize et il habite à Orly, dans la cité Million. « Après enquête, le Million de ma cité correspond au coût de construction d'un appartement. Un million d'anciens francs pour avoir le droit d'entendre sans bouger de chez soi tout ce qui se passe chez les autres. » Il est en 3e B au collège Frédéric-Joliot-Curie tandis que les filles vont au collège Irène-Joliot-Curie. « Par précaution on nous a séparés d'un stade de plein air pour d'un côté entretenir le mystère féminin et de l'autre l'échauffer en cours de gymnastique : la seule occasion de voir les filles en short à élastique. »

Faute de pouvoir rencontrer une fille dans les couloirs du collège, c’est dans les rayons d’une librairie qu’il croise Albertine. Elle achète un livre de Proust, c’est tout un univers qui s’ouvre pour le narrateur. D’autant plus que leur professeur de français, monsieur Taquin, est lui aussi passionné par la Recherche

Le meilleur copain du narrateur, s’appelle Bala. Lui aussi connaît bien la vie et l’œuvre de Marcel Proust mais sans avoir lu ses livres. Il a « sa source ». Et cette source n’est pas sans lien avec l’activité de sa mère. Mme Bala est la gardienne. « Elle est le personnage le plus important de la cité. De sa loge elle surveille tout. Voit tout. Sait tout. C'est elle la vraie tour de contrôle à Orly. » D’autant plus que la loge est aussi un lieu d’animation sur invitation. « Dans la loge, les Bala organisent chaque avant-dernier vendredi du mois un "pot-au-feu littéraire et musical" dont il faut être sous peine de n'être pas. Pour des raisons mystérieuses, une bonne partie des professeurs s'y rend. » La présence d’une inspectrice explique en partie l’assiduité des professeurs. Pour le narrateur, immergé dans son univers proustien, il est clair que les Bala sont les Verdurin, « ces personnages de La Recherche dont Proust a fait, selon Taquin, le modèle de la petite-bourgeoisie parisienne, stupide, prétentieuse et malveillante, chassant en meute et fonctionnant comme un clan fermé. »

Le roman se déroule sur une journée de cours au collège couronnée par le pot-au-feu littéraire et musical des Bala-Verdurin. Durant cette journée, le narrateur est stressé par deux graves problèmes.
Le premier est une note de français déterminante pour le passage au lycée. Taquin doit rendre les copies mais d’étranges aléas ne cessent de retarder le moment fatidique.
Le deuxième : Albertine a disparu ! Selon Bala, toujours bien informé, elle est séquestrée par son père qui a intercepté certaines lettres enflammées. Les deux collégiens décident d’aller à Paris enlever la prisonnière mais l’aventure n’est pas sans risque.
Albertine disparue, La prisonnière, Marcel n’est jamais bien loin…

Beaucoup de souvenirs, une atmosphère très précise des années 60 dans une cité ouvrière et l’omniprésence de l’univers proustien font de ce roman un livre original, attachant, émouvant, amusant, qui trouve très bien sa place dans une œuvre déjà riche et récompensée par plusieurs prix.

Serge Cabrol 
(03/09/20)    



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Albin Michel

(Août 2020)
336 pages 20










Daniel Picouly,
né en 1948, a publié plusieurs dizaines d’ouvrages pour les adultes et la jeunesse, obtenu de nombreux prix littéraires (dont le Renaudot) et animé de nombreuses émissions
de télévision.



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