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Jean-Pierre ROCHAT


Le bouc
Frissons


Dans son livre La clé des champs, Chroniques jurassiennes paru en 2018, Jean-Pierre Rochat nous restituait l'univers de sa vie de paysan dans le Jura bernois, il disait  sa colère quand les biens de l'un de ses voisins furent saisis, il disait son désarroi face à une vieille femme de son village qui ne sait plus où elle habite, il disait ses rencontres et sa passion pour les attelages de chevaux, ses fantasmes, bref il nous plongeait au cœur de l'humanité et de la vie d'un village de montagne.

Avec Le bouc, composé d'une trentaine de courts textes,Jean-Pierre Rochat prolonge en quelque sorte ses chroniques jurassiennes et nous raconte ses allers-retours entre l'espace montagnard et ses incursions dans l'espace urbain propice à ses rencontres amoureuses. Non sans humour et ironie,  la tonalité du propos semble pourtant devenue plus grave, plus nostalgique parfois. Le lecteur retrouve ici avec bonheur le style si singulier de Jean-Pierre Rochat ; il est en effet assez rare que le texte d'un auteur soit marqué d'une empreinte aussi originale. Dès les premières lignes, le lecteur peut affirmer sans risque de se tromper : ça c'est du Rochat ! Le style est épuré, presque "taiseux" et pourtant l'auteur réussit à nous transporter dans le labyrinthe de ses réflexions sans jamais égarer le lecteur car à chaque carrefour surgit une image  qui le conduit droit au but.

Chacun des courts textes parmi la trentaine qui composent Le Bouc aborde  une réflexion, un thème différent. Cependant, et bien que l'humour et la légèreté ne soient jamais absents, ils recèlent tous une certaine gravité, le poids du temps, la mort qui rôde comme par exemple dans L'hommage à ce cher disparu :
 « Les enterrements, les gens arrivent, ils ont tous vieilli, c'est la foire du vieillissement, le pasteur est un contemporain de la mort, l'église est là, elle dit : si j'ai survécu c'est grâce à vous les morts. Un guitariste joue, son son va droit en haut, verticalement, nous parviennent que des bribes de son concerto, et sa voix roule sur le tapis, il n'y a pas de tapis, sa voix glisse sur les dalles et se faufile entre nos jambes. Les gens sont pas beaux, moi non plus, notre cher disparu, c'est vrai, il est où ? un homme sérieux, il est partout, son fils dresse un portrait professionnel, vous tous qui prenez l'avion, pensez à ceux qui ne pourront plus respirer et seront trop nombreux pour organiser des enterrements bien cachés comme ici dans cette église mon dieu que je suis vivant. »
Ou bien encore la difficulté à concilier la vie paysanne et la vie citadine, comme par exemple dans La fée :
« Le soleil était là. Sur une pierre plate, de la taille d'une meule de moulin à pierres, moins plate, c'est là je me dis, c'est fini, je laisse ma campagne derrière moi. Et la fée en moi je dis : arrête de pleurer devant moi. La fée me quitterait, je le savais, que veux-tu qu'elle fasse en ville ? une fée en ville, ça peut pas marcher, même s'il y a des parcs où on pourrait la lâcher, malheureusement y sont fermés la nuit, ma fée je te quitte, pour elle c'était impossible. »

Le bouc, un plaisir de lecture sans pareil et Jean-Pierre Rochat, loin des salons et du tapage médiatique, s'affirme comme un grand écrivain.

Yves Dutier 
(01/09/20)    



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Lectures








La Chambre d'échos

(Août 2020)
102 pages - 13






Jean-Pierre Rochat,
né en 1953 à Bâle, paysan et écrivain, a déjà publié une quinzaine de livres.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia


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un autre recueil
de Jean-Pierre Rochat :
La clé des champs