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Mikel SANTIAGO


L’étrange été de Tom Harvey


Un personnage qui nous accroche dès les premières pages, ce Tom Harvey ! Est-ce parce que l’on connait l’auteur et sa façon de susciter notre intérêt ? Est-ce l’écriture ? Les deux, bien sûr, puisqu’indissociables. Mais aussi parce que ces premières confidences d’un homme troublé, nous faisant part de ce qu’il ressent, tout de suite, et simplement – « Peut-être faisait-il ses adieux à tout le monde, Je me suis senti atrocement mal en pensant que j’avais ignoré son ultime salut à un ami, cette dernière occasion de dire… » – nous touchent déjà et laissent supposer une suite complexe.

Tom Harvey, donc, vient d’apprendre par son ex-épouse, que le père de cette dernière vient de mourir, alors que cet homme avait justement essayé de le joindre. Était-il en détresse ? D’où cette culpabilité qu’il commence à ressentir, et sa première motivation pour tenter de comprendre ce qui a pu se passer. Il interrompt son travail de guide touristique à Rome, travail qui complétait ses cachets de saxophoniste de jazz, pour se rendre immédiatement sur place dans un village au Sud de Naples. Il va retrouver son ex-épouse dont on comprend bien vite qu’il éprouve toujours des sentiments pour elle. Il apprend alors que son ex-beau-père, Bob, est tombé du balcon de la propriété où il vivait. Cette riche demeure fait partie d’une sorte de phalanstère de villas, abritant des artistes du spectacle, peintres et autres membres d’une jet-set internationale qui profite d’un cadre privilégié et idyllique.

Lors de ses premières constatations, la police pense à un accident ou un suicide. Mais notre Tom, tourmenté, a du mal à croire que Bob se soit jeté tout seul de son balcon. Quant à l’accident, il ne peut non plus l’imaginer. Ce peintre célèbre et ancien journaliste aguerri a donc été assassiné.
Tom va enquêter, quitte à se retrouver un peu à contre-courant dans ce milieu accroché à ses privilèges, où les apparences peuvent être trompeuses. Bob était un peintre reconnu, coté, et sa mort va certainement enrichir certaines personnes.
Tom partage avec Elena ses réflexions sans pouvoir échapper au trouble qu’il éprouve à nouveau à ses côtés.

Les nombreux personnages qui entouraient Bob vont arriver au fil des chapitres et des liens vont apparaitre, certains énigmatiques : ainsi Stelia Moon, une écrivaine qui raconte à Tom ce qui s’était passé récemment. « Elle s’appelait Carmela Triano, m’a-t-elle raconté d’une voix très douce. Il y a deux mois et demi, Bob l’a trouvée morte à Rigoda, une plage du côté ouest. Il était très tôt le matin. […] Carmela était une jeune fille du village. Bob a essayé en vain de la ranimer puis il est allé chercher de l’aide, mais c’était trop tard. » Alors la mort de cette jeune fille, qui est soupçonnée d’avoir eu une relation avec Bob, serait-elle liée à la sienne ? D’autres personnages vont aussi compléter un tableau plein de sous-entendus et plusieurs interprétations ou explications seront possibles. Découvertes encore, grâce à la curiosité de Tom. La police toujours présente cherche les causes de ces nouveaux drames, et leur lien éventuel… car d’autres morts vont surgir dans ce tableau sans concession d’un milieu où les naïfs n’ont pas de place et où chacun essaie de tirer son épingle du jeu. Mark par exemple qui a eu un clash avec l’artiste qu’il explique ainsi : « Il ne s’occupait jamais de rien, ne regardait pas ses comptes et disait oui à tout. Moi, j’ai un pouvoir pour signer en son nom, justement parce qu’il ne daignait même pas venir à Londres s’occuper de certaines paperasses. » « Bob était la poule aux œufs d’or » mais Mark a fait un mauvais investissement qui a mal tourné et « Bob s’est fâché contre moi ». Et puis il y a le cinéaste Franco Rossellini, vieux camarade de Bob, qui, à l’occasion d’une rencontre avec Tom, livre des éléments sur certaines pratiques du peintre. Et puis ce garde, Logan, dont on ne sait pas quel rôle il joue et pour qui !

Il est noté aussi que ces derniers temps Bob Ardlan semblait très préoccupé par certains souvenirs de sa vie de journaliste et plus particulièrement par un épisode qui s’était déroulé lors d’un de ses derniers reportages en Angola.

Alors plus Tom avance dans son enquête, plus il est convaincu qu’il s’agit bien d’un crime. Parce que, et c’est bien la force du suspense et du talent de Mikel Santiago, au fur et à mesure que Tom avance dans son enquête, nous sommes submergés comme lui, par ce que l’on découvre, et notre « accompagnement » va nous inciter à déduire, effacer l’anecdotique, y revenir, pour essayer de comprendre au milieu de ce flot d’évènements et de personnages douteux, ce qui s’infiltre pour nous égarer !

L’étrange été de Tom Harvey nous est raconté avec finesse tout en nous laissant des surprises jusqu’à la fin. Il n’est pas simple ce fameux « été » ! Mais comme Mikel Santiago nous l’a déjà démontré dans ses précédents romans, son écriture sait nous maintenir en apnée, en suivant son personnage, ce Tom Harvey, attachant, que ce soit grâce à ses réflexions personnelles, à son talent de musicien, ou son humour.

Une belle performance… Un vrai plaisir que cette sorte de voyage et encore plus opportun peut-être à l’heure actuelle.

Anne-Marie Boisson 
(12/11/20)    



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Noir & polar








Actes Sud

Collection Actes Noirs
(Juillet 2020)
400 pages - 23

Version numérique
14,99


Traduit de l'espagnol par
Delphine VALENTIN









Mikel Santiago,
n en 1975, vit à Bilbao
où il partage son temps
entre l'écriture, le rock
et la programmation informatique.










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