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Padma VENKATRAMAN


De l’autre côté du pont


« Appa a brisé le bras d'Anima, ce soir-là, avant de quitter l'appartement dans une rage noire.
— Je dois voir un docteur, nous a-t-elle dit, la voix vibrante de douleur. Reste ici avec Rukku. S'ils la voyaient...
Elle n'a pas terminé sa phrase. C'était inutile. Je savais combien elle craignait que les médecins ne t'enferment dans un "asile psychiatrique", si tu mettais les pieds dans un hôpital. »

Viji, une fillette de onze ans qui ne supporte plus la violence de son père et la soumission de sa mère, décide de s’enfuir avec sa sœur. Rukku a un an de plus mais souffre d’un handicap mental qui l’empêche d’être autonome. Elle est très gentille et adroite de ses mains mais ne peut s’exprimer que par quelques mots.
Les deux fillettes prennent un bus pour se rendre à Chennai (Madras pendant la colonisation), une grande ville où elles pourront se cacher et tenter de survivre.

Très vite, elles croisent un petit chien errant que Rukku caresse aussitôt et nomme Kutti. Viji ne sait comment réagir. « On manque de nourriture. On ne sait pas où dormir. Et toi, tu veux adopter cet orphelin ? » Mais elle connaît le besoin d’affection de sa sœur et se dit, qu’après tout, il leur tiendra compagnie. « Ça me rassurait de sillonner ces allées obscures accompagnée de Kutti. Il ne risquait pas d'effrayer le moindre inconnu, avec sa petite taille, mais il aboierait très certainement si quelqu'un tentait de nous attaquer par surprise dans notre sommeil. »

Et voici donc le lecteur en errance dans les rues de Chennai avec deux fillettes et un petit chien…

Elles vont vivre bien des aventures et faire toutes sortes de rencontres avec des gens plus ou moins bien intentionnés. La ville est très dangereuse pour deux petites filles qui débarquent sans connaître les règles de la survie dans la rue.

Heureusement, en passant sur un pont un peu éloigné du centre, elles voient un abri de fortune qui semble abandonné. « Quelqu'un s'était fait une tente avec une bâche. Des pierres maintenaient l'un des côtés de la toile sur le muret le long du pont. L'autre côté, lui, était calé au sol sous une vieille roue de voiture. Un mur, un toit en pente et deux entrées. C'était une construction ingénieuse. » Elles pensent s’y installer mais la place est déjà occupée par deux garçons de leur âge pas vraiment accueillants. Il en faut plus pour décourager Viji. La nuit tombe, les deux sœurs n’ont pas envie de continuer leur errance. Elles s’installent donc à côté de l’abri des garçons. Ils vont se révéler moins méchants qu’ils ne cherchent à le paraître et une cohabitation va s’instaurer. Une petite famille se constitue, style Club des Cinq, deux garçons, deux filles et un chien luttant ensemble pour leur survie dans un univers impitoyable.

Ils vont trouver toutes sortes de moyens pour gagner de quoi se nourrir, et notamment la fouille des tas d’ordures à la recherche de morceaux de verre ou de métal qu’on leur achète pour quelques pièces de monnaie. La tâche est rude, l’atmosphère nauséabonde et la concurrence sauvage parmi les gamins qui défendent leur territoire sur ces montagnes de déchets.
Mais Viji va faire preuve de beaucoup d’énergie et de résistance.

Le roman n’est pas autobiographique mais Padma Venkatraman explique en fin d’ouvrage qu’elle s’est intéressée très tôt aux mineurs sans abri, a recueilli de nombreux témoignages qu’elle a retranscrits dans des carnets et a décidé d‘écrire ce livre pour rendre hommage à tous ces gamins des rues.  « Par respect pour les personnes dont s'inspire cette histoire, et par désir d'honorer leur mémoire et leur passé, il m'a semblé juste de ne modifier aucun des événements majeurs survenus dans leur vie. »

Le résultat est à la fois un roman d’aventures aussi passionnant qu’émouvant et un documentaire précis et précieux dont la lecture est à recommander à tous les ados pour découvrir, au plus près des personnages, l’existence difficile de millions d’enfants en Inde et ailleurs. L’ouvrage n’est pas misérabiliste ou démoralisant mais témoigne au contraire d’une énergie et d’une force de vie qui forcent l’admiration et suscitent une immédiate empathie. Viji, au prix d’efforts immenses, n’abandonne pas ses rêves…

Serge Cabrol 
(13/07/20)    



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Jeunesse







L’école des loisirs

Collection Médium
(juin 2020)
128 pages - 8,50 €


Traduit de l’anglais
(Etats-Unis) par
Amandine
Chambaron-Maillard











Padma Venkatraman,
née en Inde, s’est longtemps consacrée à l’étude des mers et des océans. Après un tour du monde, c’est à Rhode Island, aux États-Unis, qu’elle s’est installée
pour vivre de sa
nouvelle passion :
écrire des romans.