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Joseph ANDRAS


Au loin le ciel du Sud



Nous avions été enthousiasmés par le premier roman de Joseph Andras publié en 2016, De nos frères blessés, roman qui se singularisait tant par son thème que par son style et dont l’auteur  se distinguait en refusant les médailles et les  honneurs littéraires.

Avec Au loin le ciel du Sud, Joseph Andras nous offre aujourd’hui un récit tout aussi singulier et stimulant sur les pas de Hô Chi Minh. Non pas l’icône Hô Chi Minh « trônant pour l’histoire quelque part entre Lénine et Gandhi ». « L’homme pour qui tu nourris cette sorte d’affection était encore pérégrin sans le sou ; il ne s’appelait pas Hô Chi Minh et changeait de nom comme les chemises qu’il mouillait dans l’espoir, rien moins, de rendre les humains égaux enfin ; il dormait dans des gourbis, écrivait des articles dans une langue que sa mère jamais ne lui chanta et parcourait Paris sous l’œil retors de la flicaille. C’est cet homme-ci, dans l’exil et les racoins d’une capitale au sortir de la guerre, que tu t’en vas chercher en sachant que tu n’y trouveras rien. »

En effet, le jeune homme qui se nommait alors Nguyên Tât Thanh ou bien encore Nguyên Ai Quôc vécut à Paris dès la fin de la Première Guerre mondiale jusque dans les années 1924/1925.  Subtilement, l’auteur convie le lecteur sur ses traces où le passé et le présent se croisent. Mais peu de traces tangibles subsistent. Il faut dire que « l’annamite » comme l’appelaient alors les autorités françaises était un homme discret.

S’appuyant sur de nombreuses biographies et archives, Joseph Andras nous restitue la vie et les combats de « l’homme aux semelles de caoutchouc » dans le Paris de l’après-guerre. Cuisinier, balayeur, photographe pour survivre, il fréquente les bibliothèques, assiste à des réunions organisées par des socialistes et des anarchistes. Il écrit dans des revues tout le mal qu’il pense du colonialisme en Indochine et partout dans le monde ce qui lui vaut les foudres du ministre des colonies – un certain Outrey – et un suivi méthodique de la police. On le retrouve au congrès de Tours où sa voix a du mal à se faire entendre…

Au plus près du combat et de la vie quotidienne d’Hô Chi Minh, l’auteur dresse non seulement une fresque historique superbement documentée mais surtout donne matière à méditer sur le pouvoir dans l’après-révolution. Hô Chi Minh contribua à vaincre deux empires et pourtant il est avéré « qu’il choisit d’habiter une maison de gardien plutôt qu’au palais ». C’est cet homme-là que Joseph Andras admire et par-delà la voix d’Hô Chi Minh c’est celle des humbles, des rebelles, des sans-voix qui résonne dans ce livre.
Au loin le ciel du Sud, une voix profonde que nous aimerions entendre plus souvent.

Yves Dutier 
(19/04/21)    

Joseph ANDRAS, Ainsi nous leur faisons la guerre

À noter, la parution simultanée d’un autre livre du même auteur chez le même éditeur.
« En 1903, dans une université londonienne, un professeur pratique une expérience sur un chien en vie. Révélée par deux jeunes femmes, l’affaire divisera bientôt toute la Grande-Bretagne.
En 1985, sur un campus californien, un bébé singe est rendu aveugle dans le cadre de recherches sur les sonars. Une opération de sauvetage est organisée par le Front de libération des animaux.
En 2014, à Charleville-Mézières, une vache et son veau tombent accidentellement d’une bétaillère sur une trois-voies, entraînant une traque policière dans toute la ville.
Dans cette fresque en trois panneaux d’un siècle où s’entrecroisent les causes animale, sociale et féministe, l’évocation des rapports entre bêtes et humains à l’ère industrielle révèle la nature de nos relations ordinaires avec le reste du vivant. » (Note de l’éditeur)
Ainsi nous leur faisons la guerre, avril 2021, 96 pages, 9,80 €



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Lectures







Joseph ANDRAS, Au  loin le ciel du Sud
Actes Sud
(Avril 2021)
112 pages - 9,80










Joseph Andras,
né en 1984,
a publié cinq livres
chez le même éditeur.