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Alain BELLET


Colombe, l’espionne des Rohan



Ce roman se déroule à l’époque des mousquetaires mais l’héroïne ici est une jeune femme, Colombe de Salisse, qui sait manier la rapière aussi bien que d’Artagnan et se voit confier des missions d’espionnage très dangereuses dans des zones mises à feu et à sang par les armées du roi contre les villes protestantes. Un plaisir de lecture mais aussi un travail de mémoire sur la résistance huguenote.

Henri IV, par l’Édit de Nantes, avait accordé des droits aux protestants mais après sa mort, son fils Louis XIII, aidé par le cardinal de Richelieu, décide de revenir sur certains de ces acquis.
« Échappant à l'autorité de la régence de Marie de Médicis et de Concino Concini, le premier acte solennel du jeune monarque fut d'envahir brutalement et avec une forte troupe le pays béarnais pour y imposer la réouverture des églises catholiques. Elles étaient interdites en Béarn et Navarre, devenus autrefois des territoires exclusivement huguenots par la volonté de leur grande souveraine, Jeanne d'Albret, la mère du roi assassiné.
Annexée brutalement au royaume de France, la principauté de Béarn apparut alors de plus en plus comme la propriété privée de Louis XIII. Il s'y comportait sans aucun respect pour les coutumes locales. Le roi accepta cependant d'y conserver le droit de pratiquer la religion réformée pour les huguenots, mais il imposa la restriction du droit d'assemblée. Enfin, il remit en cause le droit de disposer de places de sûreté, ces villes mises sous la protection d'une armée de quarante mille hommes échappant à son pouvoir. »

Du côté des protestants, c’est Henri de Rohan, le chef légitime des huguenots, qui est chargé de coordonner la défense des villes fortifiées et de diriger les troupes qui se déplacent pour contrer les attaques royales. Certaines cités, comme Thouars et Saumur, ont déjà été désarmées par le roi, Saint-Jean-d’Angély est la prochaine sur la liste. Et après ? Quelles seront les suivantes ? Quand le roi attaquera-t-il La Rochelle ?

Pour anticiper les mouvements des troupes royales et connaître l’état exact des forces susceptibles de défendre les villes menacées, il faut des informations et Henri de Rohan a perçu toutes les qualités de la dame de compagnie de son épouse, la jeune Colombe de Salisse, fille d’un officier d’Henri IV récemment décédé, tout juste dix-sept ans mais déjà bien entraînée aux exercices de l’esprit et du corps.
« Je vais vous missionner, Demoiselle, et la plupart de nos amis des villes menacées devront sans détour vous confier leur état de résistance, le nombre de guerriers disponibles, les quotas de denrées mises à l'abri, la résistance possible de leurs gens...
Vous allez être notre lien et traverser les provinces au gré du transport de vos informations les plus nécessaires... Une jeune et intelligente femme fera mieux l'affaire qu'un chevaucheur patibulaire à la mine bien trop guerrière !
Selon l'emploi, vous serez en carrosse ou en selle, en femme élégante ou vêtue en mignon, cela sera selon les moments et l'urgence... Colombe, avez-vous compris que nos vies et celles de nos amis vont beaucoup dépendre de vous, désormais ? »
La voici donc promue espionne et envoyée sur les routes dès le lendemain.

Heureusement elle ne voyage pas seule. « Deux anciens soldats d'Henri de Rohan allaient remplir tous les rôles importants à son service. […] Victor Buissonnat, d'une poigne de fer, gèrerait les provisions de bouche, les contacts avec les inconnus rencontrés et guiderait l'équipage et leurs montures. […] Hubert Pancrate allait veiller sur leur sécurité commune et confier dans le moindre détail à la jeune femme cet enseignement d'escrime qui semblait la grande priorité de l'heure. Elle savait déjà que cet homme trop maigre était l'un des meilleurs maîtres d'armes du duché de Rohan. » Avec de tels compagnons, la jeune espionne peut faire face à des situations aussi dangereuses qu’imprévues.

Un autre personnage va l’accompagner, de loin, sans qu’elle le sache, le chevalier Guillaume de Grainville, dix-huit ans. « Ce beau garçon catholique de petite noblesse prétendait l'aimer, malgré leurs différences de croyance. » Colombe, qui ignorait encore si ses propres sentiments pour ce jeune homme étaient de même nature, lui avait tout de même envoyé une longue lettre où elle acceptait leurs fiançailles. Le chevalier, ne comprenant pas pourquoi elle a disparu, se lance à sa recherche…

Parallèlement aux scènes de guerre et de batailles, nous suivons une troupe de baladins itinérants, La Comedia de la Luna.  « Il y avait là un couple de lanceurs de couteaux venus d'Italie surnommés Sermoni et Sermona, un jongleur natif de Paris, deux jeunes chanteurs de fables amoureuses, et surtout les seuls vrais comédiens de la troupe, Rosa et Cesari Plata, les propriétaires des charrettes, des équipages et de tout le matériel nécessaire au spectacle et à leur vie nomade » Leur route croisera souvent celle de Colombe et ils joueront un rôle non négligeable dans cette histoire.

On peut aussi citer le petit Sauvé, une sorte de Gavroche avant l’heure, qui écrit des chansons à la gloire des chefs de guerre protestants et encourage comme il peut les combattants sur les murailles des villes assiégées.

Et puis, Colombe va rencontrer le frère d’Henri de Rohan, Benjamin, baron de Soubise, qui dirige les forces navales le long de la côte atlantique. Un bel homme qui ne laissera pas Colombe indifférente…

Voilà, tous les éléments sont réunis pour un passionnant roman, à la fois historique et d’aventures, qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page, sur les traces de cette jeune héroïne courageuse, un roman qui nous fait parcourir le sud-ouest du pays de Montpellier à La Rochelle au début du XVIIe siècle et donne à entendre la voix des huguenots assiégés et massivement exécutés par les armées du roi. Chez Alexandre Dumas, c’étaient les mousquetaires du roi contre ceux de Richelieu, ici c’est la guerre entre les catholiques et les protestants. Un autre enjeu pour un roman tout aussi passionnant. Les combats de Colombe, rapière au poing, sont de belles scènes de cape et d’épée. Une bonne idée de cadeau pour les amateurs d’Histoire et d’aventures !

Serge Cabrol 
(22/12/21)    



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Alain  BELLET, Colombe, l’espionne des Rohan
Alcide

528 pages - 21,50













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