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Michael CHRISTIE


Lorsque le dernier arbre


Ce roman débute comme un roman d’anticipation. L’action se situe en 2038, dans un monde qui n’est plus que poussière et où presque toutes les forêts ont été dévastées. Une des seules encore vivantes survit sur une île proche de Vancouver, en Colombie Britannique. C’est dans la Cathédrale arboricole de Greenwood que Jake travaille comme guide forestière et accueille chaque jour des dizaines de Pèlerins pour leur faire oublier le Grand Dépérissement qui, depuis dix ans, a ravagé les forêts et rend la vie insupportable aux hommes et aux bêtes.

À l’issue de cette introduction, l’auteur nous amène en 2008 pour assister à quelques tranches de vie de Liam. Il est menuisier, passionné par le matériau bois qu’il travaille à merveille. On comprendra bien plus tard que cet homme est le père de Jake qu’elle n’a pas connu.

Puis saut en 1974. On découvre Willow, qui signifie saule en anglais, un personnage haut en couleur. Dans cette scène, elle va chercher son oncle Everett qui sort de prison. Cette Willow est la grand-mère de Jake, mais on ne le sait pas encore.

Le chapitre suivant se passe en 1934 et est consacré à Everett. Il a découvert un nouveau-né dans sa forêt d’érables. S’en suit une longue course poursuite.

Nous voilà maintenant en 1908, Everett et son « frère » Harris ont neuf ans. Ils ont survécu à la collision de deux trains de voyageurs et sont recueillis par les villageois du lieu de l’accident.
« De nos jours, on parle beaucoup d’arbres généalogiques, de racines, de liens du sang etc.., comme si les familles existaient de toute éternité et que leurs ramifications remontaient sans discontinuer jusqu’à des temps immémoriaux. Mais la vérité, c’est que toute lignée familiale, de la plus noble à la plus humble, commence un jour quelque part. […] Nous le savons avec certitude parce que, la nuit du 29 avril 1908, une famille a pris racine sous nos yeux. »         
La jeunesse des deux frères, leur éducation, leurs moyens de subsistance, la vie qu’ils mènent en forêt, ces années vont décider de leur destin. Ce sont les villageois qui racontent la jeunesse des frères Greenwood, nom qui leur a été donné au moment de les inscrire pour l’école.

L’auteur peut alors redescendre le temps ; en 1934 il met en scène un personnage magnifique, une femme qui transforme sa ferme en restaurant du cœur ouvert à tous les vagabonds, les sans travail et sans abris, ceux qui ont fait les frais de la crise de 1929, de la Grande Dépression.
Toutes les époques visitées dans la première partie du roman sont approfondies et vont éclaircir les énigmes laissées en suspens. La fin du roman se passe bien sûr en 2038.
Cette construction est annoncée d’emblée par un croquis amusant. Une ligne traverse une coupe d’arbre où les cernes représentent les années. Au cœur du bois, nous sommes en 1908, plus on s’écarte du cœur, plus on se rapproche de la date ultime de 2038 notée à chaque extrémité de la ligne.
Tous les personnages du roman ont un lien puissant avec les arbres. Harris, le plus futé des deux frères, vend les arbres de sa forêt, s’enrichît, achète de nouvelles forêts et devient un magnat du bois de construction. Son frère va adorer récolter le sirop d’érable. Willow est une militante activiste qui protège les arbres et n’hésite pas à saboter les machines pour lutter contre la déforestation. Son fils Liam est un menuisier génial. Jake est diplômée de dendrologie, elle a étudié dans les écoles les plus prestigieuses.
Entremêler le destin d’une famille à celui des arbres est un pari osé mais parfaitement réussi.
Une famille bien particulière où la transmission fait souvent défaut. Où l’adoption a une place de choix. Pourquoi les villageois adoptent les deux garçons miraculés des trains ? Pourquoi Everett garde le nouveau-né qu’il trouve plutôt que le confier à ceux qui le réclament ? Pourquoi Harris accepte d’élever Willow comme s’il était son père ? Quant à Jake elle est élevée par ses grands-parents indiens à New Delhi après la mort de ses parents.

C’est une saga originale qui met en scène de nombreux personnages, un roman foisonnant comme une forêt.

Nadine Dutier 
(07/09/21)    



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Michael CHRISTIE, Lorsque le dernier arbre
Albin Michel

(Août 2021)
608 pages - 22,90



Traduit de l’anglais
(Canada)
par Sarah Gurcel












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