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Claire DUMAS

La ville humide


Lorsque les maisons d’édition sont jeunes et indépendantes comme le sont les éditions du Panseur, elles ont le courage de publier des textes comme on n’en voit plus. On pense ici à ce que publiait la collection L’Arpenteur à ses débuts, de beaux textes poétiques (Le vingt et un août de Gaëlle Obliégly par exemple). On pense encore à Matin brun, cette nouvelle contre la pensée unique et toute forme de dictature publiée par les éditions Cheyne en 1998, ce texte qui fit tant de bruit et en fait toujours alors qu’en apparence il aurait pu passer pour un simple petit texte.
C’est à ces catégories qu’appartient La ville humide. On est face à une histoire métaphorique ou allégorique comme Matin brun mais porté par une voix dont on perçoit la dimension poétique à chaque phrase. On y perçoit aussi le pouvoir que peuvent avoir les mots simples si l’on sait les utiliser.
Car les mots de Claire Dumas sont simples, presque doux, et pourtant ils cinglent. Ils cinglent parce qu’ils parlent de l’emprise et de ses cauchemars, des vies qu’elle engendre. Mais ils le font à petits pas. À coup de volets bleu outremer qu’un maire voudrait faire repeindre en blanc pour garder le terne de la ville alors que le bleu appellera peut-être l’amour. Ou en parlant des arbres, tous les arbres qui seront à découvrir lorsque l’emprise aura cessé. Ou en nommant ces marches qui conduisent, pour peu que l’on ose ou ait le droit de les descendre, à une citronnade merveilleuse et pourquoi pas miraculeuse.
Par ce trajet de mots dont le ton rappelle celui de l’enfance (et c’est bien normal puisque la narratrice est jeune), un trajet libérateur se dessine. On respire dans La ville humide. On s’extrait du moite, celui des rues et d’une vie, pour aller vers la guérison de soi et des autres.
C’est un trajet que l’on sent universel derrière le particulier, qui a la grâce des contes. On termine donc La ville humide en ayant besoin de le reprendre, pour en faire une autre lecture ou mieux se saisir de la première. Ou simplement pour relire des phrases, rester quelque temps encore auprès d’elles.
Avec ce texte apparaît ainsi une auteure à l’avenir d’écriture assuré. Apparaît également une maison d’édition à suivre sans hésiter car elle promet, c’est certain, de belles traversées littéraires. En plus, les livres sont jolis, créés avec un soin qui ne fait aucun doute.
Aucun doute donc, il faut lire La ville humide. Se plonger avec Claire Dumas dans un monde où il est possible de faire du bleu avec du gris.

Isabelle Rossignol 
(17/09/21)    



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Claire DUMAS, La ville humide
Le Panseur

(Septembre 2021)
64 pages - 9,50