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Marie COLOT

Eden
fille de personne

Eden, 16 ans, vit dans un centre d’accueil après quatre expériences d’adoption qui se sont toujours mal terminées. Aux Etats-Unis, dans certains états du moins, lorsqu’une famille pour des raisons diverses, chômage, divorce, faillite, incompatibilité d’humeur, décide de se séparer de l’enfant adopté elle peut le proposer pour une réadoption en passant éventuellement par une agence spécialisée. Des séances de présentations sont organisées, un peu à la manière des concours de mini-miss, où les enfants défilent sur un tapis rouge tandis que les familles les regardent et manifestent éventuellement leur intérêt. C’est cette nouvelle épreuve que doit subir Eden au début de ce roman.
« Les candidats poireautaient alignés les uns derrière les autres comme une brochette de marshmallows. Petits ou grands, Noirs ou Blancs, ils étaient sur leur trente et un : tenue impeccable, coiffure sophistiquée, parfum et poudre même pour les garçons, histoire d'embellir leur teint et de couvrir les imperfections. Figés par le trac, on aurait dit des figurines sous vide, tout juste sorties d'un monde merveilleux en lequel la majorité d'entre eux ne croyait plus. »
 
Une famille se montre intéressée par Eden. Il s’agit d’un couple âgé, les Knight, et la jeune fille se demande pourquoi ils veulent, à leur âge, s’encombrer d’une ado au parcours chaotique et au tempérament rebelle. Au fil du roman, on voit Eden et les Knight faire connaissance, se voir et se revoir, essayer de s’apprivoiser. Eden a peur d’être déçue et de décevoir.

Sa dernière expérience d’adoption s’est très mal terminée et un secret, que le lecteur découvre peu à peu, a sérieusement miné son moral et son image d’elle-même. Elle culpabilise pour une faute dont elle n’est pas responsable.

Au foyer, elle est très proche d’un nouveau venu, Clyde, qui n’est pas décidé à rester longtemps dans l’établissement. Ils se promènent, bavardent beaucoup, mais un jour Clyde prend ses affaires et s’enfuit sans prévenir Eden. Elle le vit comme un nouvel abandon même s’il lui envoie des cartes de temps en temps.

Pour échapper à une réalité trop douloureuse, son seul recours est le rêve. « Je m'étais inventé, enfant, une famille imaginaire où Michelle Obama était ma mère et Leonardo DiCaprio mon père. Quand j'en avais besoin, ils s'adressaient à moi. Bien sûr, je n'avais mentionné ces voix à personne. On m'aurait prise pour une folle. »

Une autre façon d’échapper au réel et de se remonter le moral est de regarder des vidéos Funny Animals.  « J’adorais les bêtisiers où les chats se gamellent en sautant d’une armoire, des chiens dévorent des flocons de neige ou des perruches dansent la samba. Depuis que j’étais petite, je rêvais d’un animal de compagnie. »

Les animaux, chats et chiens, occupent une place importante dans le récit.
Pour gagner un peu d’argent, elle est caissière dans un petit supermarché. Un jeune homme vient acheter des croquettes pour chats et des boîtes d’allumettes. Eden est tout de suite impressionnée et intriguée. Elle veut en savoir plus sur lui, mène une petite enquête, le suit et découvre qu’il habite une vieille maison avec des chats. Elle va tout faire pour se rapprocher de lui en l’aidant à nourrir les chats mais le garçon est aussi sauvage que les matous.

Elle va ensuite travailler comme bénévole dans un refuge pour animaux abandonnés où elle retrouve un chien qui a joué un rôle important dans sa dernière adoption. C’est un gros chien, plutôt rugueux d’apparence, et les Knight n’envisagent pas d’adopter à la fois l’adolescente et le molosse. C’est beaucoup leur demander…

En fin d’ouvrage, Marie Colot explique comment elle est tombée par hasard sur un extrait du documentaire de Sophie Przychodny, États-Unis, enfants jetables (2016). Elle a ensuite visionné l’ensemble du reportage et il est passionnant de lire la fiction qu’elle a su construire à partir du film où défilait cette ado forcée à sourire. Le tempérament d’Eden, son passé, la façon dont elle fait face aux épreuves qu’elle traverse... Un beau personnage dans un roman émouvant et positif qui donne au lecteur une belle leçon de vie, de force et d’énergie.

Serge Cabrol 
(02/11/21)    



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Jeunesse






Brigitte SMADJA, Le jour où tout a failli basculer
Actes Sud Junior

(Septembre 2021)
256 pages - 14,90

À partir de 13 ans



















Marie Collot
a déjà publié une trentaine de livres pour la jeunesse.


Bio-bibliographie
sur son site :
mariecolot.com