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Lou DARSAN

L’arrachée belle


Nue, sous la montagne, l’âme débarrassée de la surface, elle s’enfonce encore,
avec l’impression de revenir sur ses pas, des pas oubliés il y a un temps infini.

Plus qu’un premier roman, Lou Darsan nous livre la longue plainte d’une femme qui ne se sent plus vivre. Elle s’imagine comme une termitière abandonnée parcourue de longs couloirs vides.

Dans un dernier sursaut « elle » quitte la froide maison où elle ne supporte plus « l’Homme » qui habite à la même adresse qu’elle. Le prince n’a violé ni son corps ni son sommeil. Il a suffi, pour qu’elle lui ouvre la porte, qu’elle ait depuis longtemps filé les quenouilles de mensonges qu’on lui tendait et qu’elle ait tissé sa prison avec leur fil.

Après une nuit passée dehors au pied d’un phare, elle prend la route, elle s’échappe. Elle respire – fond en larme, hoquette, soubresaute – respire. Le départ approche, il éloigne la fièvre et rétracte assez la colonne qui bloque sa gorge pour qu’elle chuchote. Mon départ approche, mon ventre se gonfle ; je – respire.

Elle roule vers le sud et se remémore comment elle est devenue absente au monde. Les cris ne sortaient plus de sa bouche trop pleine de ce qu’on lui offrait : exhausteurs de goût, médicaments, produits carnés, surgelés et importés, divertissements, tous avalés par réflexe- et les couleuvres qu’on lui tendait. Avec les trop-pleins étaient arrivés le dégoût et la nausée, puis l’ennui. Elle parlait peu, ne répondait pas au téléphone, avait coupé ses anciennes relations, ne travaillait pas, n’accueillait plus à ses côtés qu’une seule présence, cet homme qu’elle supportait mal. […] Tout la révulsait et lui glissait des mains.

Le récit comme un long poème élégiaque en prose  rend compte du long trajet en voiture dont on pressent la fin tragique lorsqu’il butte sur des garrigues sauvages et montagneuses  où « elle », épuisée, semble vouloir en finir  jusqu’au moment où le chant de mort va se transformer  en chant de vie, en danse, en transe, en hymne à la vie après une plongée au cœur de la terre, sorte de descente en enfer-grotte revigorant qui ressemble à la souille érotique de Robinson dans Tournier, à un retour dans l’utérus.
Elle foule le limon, elle rebondit, les paupières closes, elle écoute ses dents, son torse est une transe désordonnée, elle ne sait plus où sont ses jambes, elle se cogne, son bassin est un pendule. Elle est articulations & cœur & peau & sang. Elle est femme-qui-danse-sous-la-montagne.

De la mer à la mer, un parcours, un texte, une renaissance. Lorsqu’elle s’éveille, face à l’océan lumineux, elle retrouve le nom oublié sous la montagne, et tous les fragments s’assemblent ; Elle est.

Sylvie Lansade 
(20/01/21)    



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La Contre Allée

(Août 2020)
160 pages - 15










Lou Darsan
L’arrachée belle
est son permier roman.


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