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Claudine DESMARTEAU


La vie d’Andrés Mora


« C’est l’histoire d’un mec… » disait Coluche, et ici il s’agit de celle d’un écrivain, Benoît Cardan. Dans ce roman, la première partie intitulée La guerre nous le présente en proie à des fantasmes, délires…  avec des punaises de lit envahissantes et rebelles… et un certain Andrés Mora… 
« L’Eradicator est devenu un compagnon de vie. Mon meilleur pote. Je lui parle. Il est silencieux mais il comprend. »
 « Eradicator-man : j’éradicatore tout ce qui me tombe sous la main. Andrés Mora je vais le cramer lui- aussi. »
Une première partie assez courte, et peut-être désespérée avec « le manque de sommeil en petits morceaux d’angoisse ».
Est-ce une sorte de conclusion qui apparaît déjà et qui se joue de nous, en images, en symboles, pour se manifester ainsi ? « Et je me suis demandé comment j’en étais arrivé là ! »

Arrive alors la deuxième partie, titrée Avant la guerre, où nous allons voir se dérouler cette histoire, et suivre les évènements.
Benoît Cardan donc, vient de terminer un roman et l’apporte à son éditeur : « Je marche dans la lumière pâle du soleil d’hiver. Bon sang, arrête de vivre en écrivant et d’écrire en vivant, Benoît Cardan. Je marche, donc. » Mais à sa grande surprise, l’éditeur, assez embarrassé, ne veut pas le publier.
C’est le choc pour cet auteur régulier, menant une vie tranquille et équilibrée avec une femme qui travaille et une fille adolescente.
Il propose donc son manuscrit à d’autres éditeurs, mais confronté à des refus et voulant néanmoins un à-valoir, il va aussi miser sur une mise en scène spectaculaire afin de l’obtenir.

Pensant à son illustre prédécesseur, Romain Gary, il se met en quête d’une personne qui pourra devenir son « Émile Ajar ». 
Il trouve un homme qui le séduit… et cela semble réciproque. Un attachement se fait, une sorte de charme, avec une relation – et peut-être une dépendance – sexuelle, puisqu’il pense : « On n’oublie pas un instant comme celui-là. Son regard oblique et insolent qui te foutait à poil. Et ça te plaisait. T’en avais envie »
Notre héros va alors faire travailler son double, le convaincre qu’il est l’homme de la situation, le « briefer » et vaincre ses doutes, pour qu’il fasse « vrai » en cas de besoin. Cet homme assez éloigné de la littérature, semble-t-il, va cependant se prendre au jeu et au personnage. Une maison d’édition prestigieuse découvrira donc cet auteur inconnu et qui se cache… mais qui va attirer le public ! Andrés Mora : « Lui, mon autre ».
Mais cette partie ne va pas se dérouler comme notre écrivain l’avait prévue !
Alors que va nous montrer la troisième et dernière partie, Le champ de bataille ?

Voilà bien le talent de Claudine Desmarteau : nous faire sourire par son humour piquant notre curiosité, ou nous dérouter, et peut-être même tout cela, parfois à contretemps !
Donc un livre d’apparence légère, mais profond, drôle, incisif aussi, et surtout original dans sa composition. Car ce qui est à noter, c’est justement cette « composition ».  Ces pages où le style, ou plutôt les styles sont à plusieurs facettes, plusieurs modes. Les rythmes diffèrent d’une page à l’autre, s’entrechoquent. Ils peuvent appuyer le sens par endroits comme laisser ensuite venir la vague légère ! Une sorte de symphonie aux accents tantôt mineurs et tantôt majeurs. Nuances comprises.
Original et savoureux.
Et pour le « fun » : « J’ai rêvé de Romain Gary. Il était assis, au milieu de mon salon vide et blanc : aucun autre meuble que cette chaise […] Il n’a pas peur des punaises de lit, j’ai pensé. Il n’a peur de rien. Je l’ai envié. »

Anne-Marie Boisson 
(29/11/21)   



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Lectures









Claudine  DESMARTEAU, La vie d’Andrés Mora
Gallimard

Collection Sygne
(Septembre 2021)
352 pages - 20

Version numérique
14,99












Claudine Desmarteau,

autrice et illustratrice, a déjà publié de nombreux livres pour la jeunesse
et les adultes.



Bio-bibliographie sur
Wikipédia



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desmarteau.fr