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Khalil DIALLO

L’odyssée des oubliés

Sembouyane, le narrateur de cette odyssée est né dans un pays d’Afrique de l’Ouest nommé Forédougou, situé entre le Sénégal et la Guinée Conakry. C’est un pays de non droit, de violence, de guerre.
« Notre terre est devenue une salle d’attente menant aux enfers, un lieu à faire pâlir le purgatoire. La rue principale est parsemée d’animaux décharnés, de cadavres en décomposition, de mendiants, lépreux ou manchots, victimes de mines gisant à même le sol, moignons exposés, mordant à pleines dents la poussière, gémissant, criant, suppliant, espérant d’un passant, du ciel ou d’un quelconque messie ne serait-ce qu’une goutte d’eau et une bouchée de mil. Tous, dans ce village, attendent, à défaut d’assistance médicale ou alimentaire, la mort salvatrice. »

Les seuls réconforts de Sembouyane sont Diary dont il est amoureux et les moments où il devise avec « Grand-père », un énorme fromager, le plus grand arbre de la forêt où les âmes de ses ancêtres ont trouvé refuge pour se protéger des marchands d’esclaves. Avec lui, il apprend la tolérance, la littérature et le goût des voyages.

Quand il revient de la cérémonie d’initiation, il découvre que son « village n’est plus qu’un tas fumant de chair et de sang ». Sa famille, ses amis et voisins et Diary sa promise, tous ont été massacrés. C’est alors qu’il décide de « prendre la route de l’exil, tracée par des cadavres. » Il part avec un autre survivant du massacre, son ami d’enfance Idy. Ils quittent le pays dans un camion poubelle, cachés sous les ordures. Une fois au Sénégal, ils rejoignent le Mali dans un break cahotant. Ils font la connaissance de Karim qui quitte le Sénégal parce qu’il ne peut plus nourrir sa famille. Il fuit le chômage, la corruption. C’est sa troisième tentative de départ en exil. Dans le train qui doit les conduire au Niger, ils font la connaissance d’Alain, écrivain engagé dont les livres critiquant la dictature déplaisent au Président à vie du Cameroun.
Pour aller de Bamako à Agadez par les pistes du désert, ils mettront deux mois. Pendant les étapes, Alain apprend à Sembouyane à lire puis à écrire. C’est ainsi que Sembouyane devient le narrateur du récit de cette odyssée.

À Agadez, ils retrouvent Maguy, l’amie de Karim, une femme moderne, émancipée et généreuse. Ils choisissent de traverser le désert vers la Libye avec Sami, qui a la réputation d’être le meilleur passeur, mais quel caractère ! ceux qui ne respecteront pas les consignes seront jetés par-dessus bord. Les quarante passagers sont prévenus.
Cette traversée du désert est redoutable : éviter les tempêtes de sable, les postes-frontières, les serpents et scorpions, se protéger de la chaleur torride le jour et du froid glacial la nuit. Entre le froid nocturne, les embardées du camion, la violence des tempêtes, plusieurs passagers vont mourir. Mais le pire est l’attaque de combattants de Daesh qui les emprisonnent pour les vendre comme esclaves. Certains vont succomber sous les coups des terroristes.
Il y aura d’autres souffrances, des espoirs aussi et des déceptions. Le voyage jusqu’à Tanger est encore long et vers l’Europe, plus encore.

Le choix de Khalil Diallo de confier à un écrivain "débutant" le rôle du narrateur donne un ton particulier à ce récit : très proche de son ressenti, de ses émotions. Sembouyane est abasourdi par la violence de la réalité pire que ses plus terribles craintes.

Ce roman donne des noms à ces migrants qui souvent ne sont que des chiffres. Il montre le courage nécessaire pour entreprendre un tel voyage et le désespoir qui pousse à partir. Il montre ce que l’Occident a fait de la Libye qui traite les migrants plus mal que du bétail.

Nadine Dutier 
(10/09/21)    



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Lectures







Khalil DIALLO, L’odyssée  des oubliés
Emmanuelle Collas

(Août 2021)
192 pages - 16













Khalil Diallo,
écrivain sénégalais né en Mauritanie, a déjà publié
un recueil de poèmes,
Chœur à cœur, et
un premier roman,
À l’orée du trépas.