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J.R. DOS SANTOS


Le magicien d’Auschwitz


Deux personnages dont les destins se croisent ; un magicien juif allemand réfugié à Prague, où le régime nazi le rattrape lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1939.
Un légionnaire portugais qui a combattu avec les franquistes pendant la guerre d’Espagne et se retrouve dans la Division Bleue sur le front russe, contre son gré mais « désigné volontaire ». Ce légionnaire, Francisco Latino, tombe amoureux d’une jolie Russe qu’il doit épouser quand la Division Bleue est dissoute du fait de la déroute des Allemands après Stalingrad. Un officier SS essaie de recruter Francisco pour s’engager en Pologne mais il refuse. En guise de représailles, l’officier fait déporter Tanusha et ses deux sœurs vers le camp d’Auschwitz. C’est un chantage pour recruter Francisco qui accepte dans l’espoir de retrouver Tanusha à Auschwitz.
Il y découvre la brutalité des kapos, la maigreur et les mauvais traitements infligés aux prisonniers. Mais surtout il est abasourdi par la découverte de l’extermination radicale des convois de Juifs, par milliers. Même chez les SS le secret était bien gardé.
Tandis que le magicien Levin et sa famille font l’expérience de Theresienstadt, le camp conçu pour être montré à La Croix Rouge, puis celle d’un camp de travail à Auschwitz, ils connaissent la famine, la misère, l’injustice, l’absurdité du travail de force inutile mais, grand privilège, une heure par jour, les familles peuvent se réunir.

En choisissant d’organiser son récit autour de ces deux personnages, l’auteur établit un parallèle implicite entre des individus montrés comme des victimes du nazisme. Mais Levin et sa famille n’ont pas choisi d’être déportés alors que Francisco a négocié cet emploi de SS au camp de travail dans l’espoir de retrouver et de sauver Tanusha.

L’auteur nous explique que tout le fonctionnement du camp repose sur l’obéissance contrainte de chaque rouage ; les prisonniers obéissent aux kapos qui sont eux-mêmes des prisonniers de droit commun violents et sans état d’âme, les kapos obéissent aux SS, les SS obéissent à leurs supérieurs hiérarchiques. Cette chaîne de non responsabilité, de non culpabilité est, selon moi, au cœur de la problématique soulevée par Hannah Arendt au procès d’Eichmann*.
C’est une démission de la pensée, une perte de tout jugement moral au nom de l’obéissance. La devise des SS n’est elle pas « loyauté et honneur » ?
« Loyauté et honneur, mon gars. Loyauté et honneur, tu as oublié ? Un SS obéit à la hiérarchie, il obéit toujours, même quand il n’est pas d’accord ou ne comprend pas. Loyauté et honneur. »

Quelques pages avant la fin de ce tome, Levin est associé à un projet de soulèvement en référence à la révolte du 7 octobre 1944. C’est dans le tome deux que nous y assisterons.

Dans une note finale, J.R. dos Santos explique d’où vient ce récit ; « il s’agit d’un ensemble de manuscrits rédigés par des membres de l’unité spéciale au moment des gazages, qui ont été enterrés à proximité des crématoires afin qu’on les découvre plus tard, une fois les camps libérés. »
Dos Santos se réfère entre autres aux manuscrits de Zalmen Gradowski. Mais l’humanité, l’empathie des textes de Gradowski ne filtrent pas dans ce tome 1. Le deuxième volume, Le Manuscrit de Birkenau, paraîtra en octobre 2021

Une des originalités de ce livre sur un sujet habituellement austère, amenée grâce à la présence du magicien, ce sont les croyances des nazis en un galimatias idéologique lié à des mythes farfelus : l’occultisme, les théories aryosophiques, le mythe d’Armanem, le dieu Thor, Jésus aryen aux yeux bleus, le soleil noir, l’Atlantide… Toutes ces sornettes ont influencé les hauts dignitaires nazis dont Himmler.

Une autre originalité est d’avoir introduit une trame romanesque dans cet univers d’horreur absolue. Un lecteur peu enclin à se documenter sur les crimes nazis sera motivé par l’aventure et les personnages. C’est, mine de rien, une manière de battre en brèche les théories négationnistes.

Nadine Dutier 
(12/04/21)    

* Voir Eichmann à Jérusalem dans lequel Hannah Arendt développe l’idée de la banalité du mal.



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Hervé Chopin

(Janvier 2020)
448 pages - 22€







J.R. dos Santos,

né en 1964 au Mozambique, journaliste, reporter de guerre, et écrivain, est actuellement présentateur du journal télévisé
de 20 heures au Portugal.



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