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Fabio BENOÎT


L’ivresse des flammes


Le roman entremêle deux histoires qui se déroulent en des époques et des lieux différents. Les chapitres intitulés « Avant », évoquent la résistance des bandits sardes qui, aussi violents et cruels soient-ils, luttaient contre l’installation sur leur territoire de la mafia calabraise. Les chapitres titrés « Maintenant » mettent en scène Marc-Olivier Forel, dit Marco, personnage récurrent de la trilogie (cf sur notre site Mauvaise conscience), commissaire à Neuchâtel, confronté ici à une série d’incendies criminels.

Le personnage commun aux deux périodes s’appelle maintenant Angelo Chiesa et vit en Suisse. Autrefois, il vivait en Sardaigne et s’appelait Efisio. « Avant » nous raconte son enfance, sa vie à la ferme, son goût pour la peinture, son insouciance, jusqu’à l’âge de quinze ans, quand son père a considéré qu’il était assez grand pour connaître les secrets de la famille. Ce père, qu’il croyait simplement fermier, était en fait un bandit vivant des rançons extorquées aux hommes qu’ils enlevaient et torturaient dans des grottes cachées dans la montagne. Tous les moyens étaient bons pour faire céder les riches familles et un « protocole » avait été élaboré depuis la préparation de l’enlèvement jusqu’à la libération ou la mort de l’otage (les cochons de l’oncle Giovanni avaient bon appétit). Si les familles hésitaient, il fallait les aider à se décider.  Si nécessaire, avec la leppa, un couteau de chasse au manche en corne de bélier, toujours porté à la ceinture.
« Mon père sort la leppa de son étui, me tend le couteau et m’ordonne de lui couper une oreille. Aussi simplement que si je tranchais un morceau de viande. Choqué, je reste figé sur place. »
Le rite initiatique est violent et le jeune garçon n’est pas au bout de ses surprises. Le « protocole » est sans pitié.
 Mais la machine à rançon s’enraye quand la mafia calabraise décide de s’installer en Sardaigne, de racheter les terres pour stocker de la cocaïne et construire des complexes hôteliers à même de blanchir l’argent des trafics.  
 « Maintenant », Efisio est en Suisse, sous un faux nom, dans le cadre d’un programme de protection des témoins. Il vit avec Nina, une jeune femme courageuse qui connaît tout de lui.  Mais il n’est pas facile d’échapper à la mafia et à sa rancune.

De son côté, le commissaire Marc-Olivier Forel est mobilisé jour et nuit pour mettre fin aux agissements d’un pyromane qui prend plaisir à voir flamber des fermes et hurler le bétail qu’il enferme dans un cercle de flammes les nuits de grand brouillard
« Malgré la maladresse due à mon anxiété, aussitôt que sa tête vient se frotter contre le grattoir de la boîte, l'odeur typique du soufre m'envahit. Instantanément, la chaleur née du frottement fait apparaître une première flamme. Très vite, elle me fera revivre l'extase, l'essence même de ma raison de vivre. En toute logique, l'allumette rejoint sa dulcinée volatile, cette voie combustible spécialement définie pour l'occasion. Dans cette alchimie programmée, personne ne peut s'opposer à cette union indissoluble. »
« Tel un ogre, la flamme dévore et anéantit tout sur son passage. Grandissant démesurément, elle ne rencontre plus aucune résistance. Dans une orgie de lumière et de chaleur, elle prend du volume et de la hauteur. Jusqu'à laisser la nuit s'effacer derrière son éclat aveuglant. Malgré les cris stridents de ses proies, elle ne fait aucun quartier et continue son chemin, conquérant de plus en plus de terrain.
Tandis que le feu se répand dans un bruit étourdissant, les animaux sont pris au piège. L'étau brûlant et aveuglant se resserre tout autour d'eux. »
Heureusement, le commissaire n’est pas seul. Il peut compter sur une enquêtrice aux intuitions fulgurantes, Sabrina Keller, dite « le pit-bull », au langage fleuri mais qui ne lâche jamais rien et sur sa chère Marianne, « une psycho criminaliste québécoise réputée pour l’établissement de profils d’auteurs sériels ».

Le canton de Neuchâtel, habituellement si tranquille, s’enflamme dans ce roman sous la double action de la folie incendiaire d’un pyromane rural et de la vengeance infernale des mafieux de Calabre. Après Mauvaise personne et Mauvaise conscience, Fabio Benoît conclut son triptyque dans une flamboyante apothéose.

Serge Cabrol 
(08/04/21)    



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Noir & polar








Favre

(Mars 2021)
336 pages - 18,50










Fabio Benoit a été
commissaire à la police judiciaire de Neuchâtel. L'ivresse des flammes
est son troisième roman.





Découvrir sur notre site
le précédent roman
du même auteur :


Mauvaise conscience