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Laurent JOFFRIN


Le cadavre du Palais-Royal

Les nouvelles enquêtes de Nicolas Le Floch



Avec la parution, en l'an 2000, de L'Énigme des Blancs-Manteaux et de L'Homme au ventre de plomb, Jean-François Parot, diplomate, historien et écrivain, démarrait brillamment la célèbre série Les Enquêtes de Nicolas Le Floch. Le Prince de Cochinchine est le dernier des quatorze volumes écrits par l'auteur avant sa disparition en mai 2018.
Jean-François Parot souhaitait que son héros traverse la Révolution française.
En accord avec son héritier, dans ce nouvel opus, Laurent Joffrin a accepté le défi de continuer l'aventure des héros créés par Jean-François Parot.

(Avertissement de l'éditeur)

Nous sommes en 1789, Nicolas le Floch a maintenant cinquante ans et, devenu marquis de Ranreuil, s’est retiré sur ses terres bretonnes pour profiter du calme et de la nature. Mais, depuis juillet, il a dû revenir à Versailles « à l’appel du roi Louis XVI, qui craignait pour la sécurité de sa famille et comptait sur son expérience pour prévenir les mauvais coups. »
Or, le 26 septembre, il semble bien qu’un de ces mauvais coups se prépare. Sinon, pour quelle raison son ancien adjoint, Bourdeau, lui aurait-il demandé de venir en urgence à Paris ?

Il faut dire que la situation est de plus en plus tendue entre le roi et ses sujets. Les crises frumentaires (causées par le manque de farine) s’aggravent et le peuple sombre dans une misère noire et dans la famine la plus totale.
Au moment de franchir le Pont-Neuf, Nicolas assiste à un début d’émeute devant une boulangerie. Une fois la fournée complètement vendue, on accuse le boulanger de cacher du pain pour le vendre plus cher sous le manteau. Le boulanger, lui, explique qu’il ne peut faire du pain qu’avec la farine qu’il reçoit et qu’en ce moment, il n’y en a pas assez. C’est pistolet au poing que Nicolas parvient à exfiltrer le boulanger pour le conduire à l’Hôtel de Ville où le cas sera examiné.

Nicolas est rejoint par Bourdeau qui lui explique combien il se sent de plus en plus seul au fil des semaines.
« – La police de sa majesté s'est dispersée, le lieutenant de police s'est évaporé après le 14 juillet. Je suis sous les ordres de la garde nationale, elle-même dirigée par la Commune de Paris, qui a confié la tranquillité publique à M. de La Fayette.
– Cette organisation byzantine veut tout dire, jeta Nicolas. Elle sent fort son anarchie. L'ordre social s'écroule, on en a vu la preuve tout à l'heure sur la place de Grève. »
On comprend vite que Bourdeau est tout de même ouvert aux idées nouvelles d’égalité tandis que Nicolas reste très attaché au pouvoir et à l’ordre de la monarchie qu’il sert fidèlement depuis trente ans. Ce sera un intéressant sujet de débat au fil du roman.

Une fois attablés devant un plat de tripes et un pichet de Chinon, Bourdeau explique l’affaire « embrouillée et sans doute hautement politique » pour laquelle il requiert l’aide de son ancien patron. L’avant-veille, un couple a été enlevé dans une berline jaune à la sortie du jardin du Palais Royal. Sur le quai des Célestins, la berline s’est arrêtée et le corps de l’homme a été jeté dans la Seine. Puis la berline est repartie avec sa prisonnière. Le cadavre de l’homme a été repéché au filet du pont de Saint-Cloud mais sans possibilité d’identification : « ses poches étaient vides de tout papier et de tout objet, son visage était horriblement écrasé par des coups. Son chapeau et sa redingote manquaient, et avec eux les marques de fabrique qui auraient pu aiguiller la police. »
Par contre, un témoin a entendu un tintement sur la chaussée au moment où passait la berline et ramassé une bague sans doute jetée par la femme enlevée, une bague avec trois lettres gravées, M A R, comme les initiales de la reine, Maria-Antonietta Regina. Bien sûr, ce n’est pas la reine qui a été enlevée, tout le monde l’aurait su tout de suite. Alors qui est cette femme susceptible de porter, ou d’avoir volé, un tel bijou ?

Nicolas Le Floch, fidèle à sa réputation, va encore une fois se révéler un policier hors pair au fil d’une enquête pleine de rebondissements qui va lui faire rencontrer bon nombre de personnages révolutionnaires ou liés de près ou de loin à des complots contre le roi, comme Choderlos de Laclos qui aurait participé à diverses machinations.

Le manque de farine, signalé dès les premières pages, reste présent tout au long du roman. La pénurie est relayée par les nombreux journaux qui ne cessent de voir le jour et le rôle de la presse dans les événements se trouve aussi au cœur de l’intrigue : dénoncer les injustices, montrer la misère, justifier la colère, appeler à l’action… sans oublier de vérifier ses informations !

Mais, outre l’exacerbation des tensions par certains dans un but de prise du pouvoir à des fins personnelles, se révèle l’organisation d’un véritable complot dont la finalité n’apparaîtra que dans les dernières pages.

Nous retrouvons avec plaisir Nicolas Le Floch, plein de questionnements dans l’atmosphère troublée de la révolution qui fait vaciller ses certitudes, mais toujours prêt à tous les sacrifices pour le service du roi ou de la reine, dans une aventure basée sur des événements réels parmi lesquels vient se tisser la fiction. Jean-François Parot voulait confronter son héros à la période révolutionnaire, Laurent Joffrin le fait avec talent, et on attend déjà les épisodes suivants. On n’est qu’en septembre 1789. Au fil des mois, défendre et protéger la famille royale risque de se révéler de plus en plus complexe pour le fringant commissaire.

Serge Cabrol 
(24/11/21)    



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Noir & polar









Buchet-Chastel

304 pages - 19 €















Laurent Joffrin,
journaliste et écrivain,
a déjà publié de nombreux livres parmi lesquels trois
volumes des aventures
de Donatien Lachance,
détective de Napoléon.













Découvrir sur notre site
une précédente aventure
de Nicolas Le Floch :


Jean-François Parot
L'enquête russe