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Émilie JOUVIN

Cortex


Le polar d’Émilie Jouvin fonctionne à merveille car, tel un piège à lecteurs et pour leur plus grand plaisir, il les saisit dès les premières lignes pour les maintenir à leur lecture, toutes affaires cessantes, jusqu’à une fin... inattendue, bien sûr ! L’autrice, en effet, possède à fond l’art d’une narration très rythmée, avec d’astucieux allers-retours dans le temps qui entretiennent le suspense, comme l’art du rebondissement. Dans ce domaine, c’est un véritable festival dont on s’émerveillera car à chaque rebondissement, force est de constater qu’il ne sort pas du chapeau d’un magicien mais d’indices finement distillés avant qu’il ne se produise et dont il découle en toute logique.

Ce roman se compose de six chapitres (1 Plonger ; 2 En apnée ; 3 Résister ; 4 S’égarer ; 5 Se figer ; 6 Comprendre) qui, finalement, résumeraient assez justement l’état d’un lecteur qui après avoir plongé dans le roman, n’ose plus respirer mais, faute de choix, décide de résister avant de s’égarer dans les subtilités du récit, etc. Simple hypothèse afin de signaler la structure tout à fait inédite mais très claire sur laquelle repose Cortex.

À l’origine de l’histoire, une lettre anonyme que reçoit la procureure Agathe Chevel en juin 2019 ; cette lettre indique un lieu-dit où sont trouvés des restes humains et un mystérieux pull rouge. Ce dernier permet d’établir le lien avec une affaire classée depuis 24 ans, la disparition de Lise Valmont alors âgée de 16 ans. Agathe Chevel dirige l’enquête, assistée du capitaine de gendarmerie César Ercole et d’Elie Karev, une brillante anthropologue. Voilà ce que révèle la quatrième de couverture de la trame narrative.

Comme il ne faut pas raconter l’histoire (de crainte de gâcher le plaisir de la lecture, selon le néologisme « divulgâcher »), nous nous pencherons sur les autres qualités de ce polar,  épatant de toutes parts ! Outre une conduite impeccable du récit, déjà évoquée plus haut, il convient de relever combien sont bien campés les personnages, à la fois crédibles et « consistants », avec une mention particulière pour la jeune adolescente si fortement attachée à son chat et à son journal intime : « Décrite par ses professeurs comme ‘secrète’, ‘introvertie’ et souvent ‘étourdie’, Lise Valmont était une ado sans histoire. Elle cumulait d’excellents résultats scolaires, mais avait beaucoup de mal à se sociabiliser. » Puis : « En réalité, sur la planète Lise, règnent romantisme échevelé, philanthropie, espoir  et moult idées pour bâtir un avenir meilleur. »
De même, le noyau des enquêteurs constitué de la procureure, du capitaine de gendarmerie et de l’anthropologue de haut vol (tous trois fortement investis dans leur travail), les relations du trio entre eux et avec la presse, sonnent juste et sont tout à fait vraisemblables.  

Le style s’accorde parfaitement aux nombreuses péripéties dont le récit est fertile. Ce sont souvent des phrases courtes, au vocabulaire précis, comme pour aller à l’essentiel sans fioriture. Même si l’auteure travaille au sein d’un groupe de presse, il ne s’agit pas d’un style journalistique dans la mesure où il n’existe pas de distanciation par rapport au contenu du texte, mais, peut-être, d’un style heureusement influencé par la pratique du journalisme, qui le rend terriblement efficace. Il convient de noter également quelques belles citations fort bienvenues comme dans le cas du capitaine César Ercole qui, éperdu d’amour filial, pense à Romain Gary qui écrit sur sa mère : « Elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis. »

En prenant soin de ne rien dévoiler de la trame narrative, on peut tout de même indiquer qu’elle tourne autour de manipulations scientifiques envisagées sous l’angle des neurosciences et des plus récentes découvertes sur le cerveau, un organe tout à fait passionnant, qui a sans doute nécessité une sérieuse recherche documentaire.

C’est pourquoi Cortex est un remarquable polar qui s’apparente à deux genres : le thriller et le roman policier scientifique. Pour le premier, on connaît ! Ce sont les émotions fortes dues à une intrigue bien ficelée et que l’on imagine volontiers portée à l’écran. Quant au second, avec comme précurseur Sherlock Holmes qui use de procédés scientifiques pour résoudre ses enquêtes, il a évolué car la science n’est plus seulement l’outil du célèbre détective mais, très souvent,... l’arme du crime. Comme c’est le cas dans le beau roman d’Émilie Jouvin, digne descendante de Sir Arthur Conan Doyle !

Dominique Godfard 
(14/06/21)    



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Noir & polar








Les éditions du Loir

(Mai 2021)
200 pages - 9,90

















Émilie Jouvin
vit en Normandie où elle exerce le métier de journaliste. Cortex est son deuxième roman.