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Daniela KRIEN


L’amour par temps de crise


Les voilà, ces femmes de maintenant, Paula, Judith, Brida, Malika et Jorinde. Chacune étant l’héroïne qui porte le titre d’un chapitre de ce livre. Un livre qui se lit comme on écoute attentivement une amie proche et à qui on a envie de répondre. Alors on se demande comment elle fait pour gérer ainsi sa vie, si tout va bien comme elle a l’air de le laisser deviner. Ou si, à l’occasion, il faudrait peut-être entendre ce qu’elle ne dit pas !
Bien sûr, il est possible de ne pas se sentir concerné·e·s par ce que vivent ces femmes. Mais même si leur vie ne ressemble pas forcément à la nôtre, il y a de toute façon, quelque chose qui nous interpelle.

« Le jour où Paula constate qu’elle est heureuse est un dimanche de mars. »
Ainsi commence le premier chapitre, celui qui parle de Paula. Au réveil, cette dernière se souvient de sa soirée chez Wenzel. Tout va bien, sa fille Léni qui va rentrer après son week-end chez son père semble bien aimer cet homme aussi.
Alors on va connaître un peu son parcours. Paula avait habité avec son amie Judith, en coloc, pendant cinq ans après avoir été des amies inséparables depuis la crèche ! « La séparation d’avec Judith fut difficile. » Mais l’autrice nous donnera des éléments de sa vie avec Ludger, son mari et père de sa fille, la cause de leur séparation, etc.

Jusqu’au chapitre suivant qui est alors consacré à Judith :« Elle a passé trois heures dans la nature avec son cheval. » Et de nous renseigner sur son lien avec Paula : « Paula était sa seule amie. Elles ne se ressemblaient pas. Paula était renfermée et aspirait à se faire accepter des autres filles, Judith était précoce, insolente et parfaitement indifférente aux trucs de filles. »
À présent Judith est une femme libre, médecin, volontaire. Elle vit seule et consulte des sites de rencontres, ainsi elle écrit : « Cher homme de caractère viril et brillant, l’empathie n’est pas une attitude, mais une aptitude à se mettre à la place de la personne en face. Celui qui se déclare lui-même d’une empathie au-dessus de la moyenne se rend suspect. »
Elle a aussi cette lucidité concernant son amie : « Paula a besoin d’un homme même si elle doit le mépriser tôt ou tard. La générosité des autres femmes la stupéfie parfois. Leur clémence, la douceur avec laquelle elles se consacrent à leur mari, leur acceptation magnanime de ses faiblesses qu’elles préfèrent ignorer. »

Et puis, il y a Brida, qui a un lien avec les deux autres femmes. Et c’est alors une partie de la vie de Brida qui est racontée dans ce nouveau chapitre à son nom.
Sa vie avec ses enfants et Götz, son mari. « Au début de leur relation il y avait Malika, dont Gôtz disait à l’époque qu’elle était la femme idéale pour fonder une famille. Son corps était un corps de mère -moelleux et chaud comme un manteau d’hiver protecteur. »
Brida écrit.

Avec le chapitre Malika on se dit que l’on va mieux saisir tout cela, les événements, les années, les décisions qui semblent peut-être dépendre en partie les unes des autres, en réaction, ou bien seulement influencées par des acteurs extérieurs. Que ce soit volontairement, ou malgré elles, on retrouve, et c’est tout le talent de l’autrice, ce lien, ténu ou fort, selon leur vécu, ce lien décisif ou anecdotique, selon les situations. Les vies se tissent. Comme leur évolution au cours des années.

Mais c’est lors du chapitre de Jorinde, où son lien de parenté avec une des femmes est alors révélé, que certains évènements seront peut-être "vus" différemment, mais toujours avec autant de finesse et de sensibilité.

Un roman choral, alors, peut-être. Mais sans que cela soit perceptible, du moins au début, même si certains personnages semblent se connaître. Ce n’est que progressivement que leurs histoires indiquent leur lien et que des éléments apparaissent, alors à point nommé, pour donner plus de profondeur ou d’explications aux situations décrites et vécues. La narration ainsi n’en est que plus habile, et souvent "juteuse", apparaissant finement "tricotée".
Le style limpide et simple nous embarque car attractif.

C’est peut-être pour cela qu’à la fin de notre lecture nous aimerions continuer à fréquenter ces femmes. Proposer notre aide ou notre avis à celles qui le voudraient, ou bien, tout simplement rester ainsi, proches.
Un beau et intéressant roman sur ces femmes contemporaines, sur leurs choix, leurs sentiments, leurs contradictions, mais aussi leur volonté, et leurs désirs exprimés, conscients, et souvent réalisés.
Et surtout un roman agréable, qui s’adresse à notre intelligence autant qu’à notre sensibilité, et qui ainsi déclenche une forme d’intimité que l’on fera partager à notre tour, c’est certain !

Anne-Marie Boisson 
(01/10/21)    



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Lectures








Albin Michel
(Août 2021)
336 pages - 19,90

Version numérique
13,99


Traduit de l’allemand par
Dominique AUTRAND










Daniela Krien


L’amour par temps de crise
est son second roman.