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Jean-Claude MARTIN

Orphée cours élémentaire
et autres histoires


Ces seize courtes nouvelles dialoguées sont portées par autant de duos à géométrie variable (grand-père/petit-fils, mère/fille, homme/femme, père/fils, femme/femme...) saisis chez eux, sur leur pas de porte, dans la rue, chez le vétérinaire, au café, au tennis, dans un parc, au plus près de leur réalité ordinaire. Entre tous ceux-là, la communication s’avère majoritairement difficile. Quand ce n’est pas leur quotidien générant désaccords, frustrations, trahisons, secrets mortifères et sentiments violents qui mine leurs échanges, c’est le temps qui passe ou la distance qui s’installe qui la rend dorénavant impossible. Si l’amour et la jalousie, son corollaire, habitent une bonne moitié des récits, la mort en est l’invitée d’honneur.

À partir de l’oralité première de ces dialogues que l’on aurait pu penser saisis sur le vif, c’est souvent ailleurs que l’auteur nous entraîne. La mort et les fantômes qui lui font cortège offrent à Jean-Claude Martin qui n’affectionne ni l’anecdote, ni le fait divers, ni la sociologie ou le minimalisme du quotidien, ni l’étude psychologique, l’opportunité de quitter plus ou moins radicalement les chemins du réalisme pour se tourner vers un monde surnaturel où son imagination peut s’exprimer plus librement. La jouissance que prend alors l’auteur à distordre la réalité, à nous entraîner non sans malice dans une exploration sensible d’une indéfinissable et déconcertante étrangeté, est palpable.

Si ces nouvelles souvent insolites, parfois poétiques, féroces ou glaçantes, flirtent avec la psychanalyse et l’onirisme pour faire écho à nos propres angoisses, cette bascule soudaine et permanente du réalisme au fantastique, qu’accompagnent quelques détours par le conte ou la science-fiction (L’avion mort), apporte à Orphée cours élémentaire et autres nouvelles une variété porteuse de légèreté qui évite à l’ombre de se faire envahissante et au mal-être de s’insinuer.
De même l’utilisation fréquente par l’auteur de l’ellipse et du silence qui peuvent ici prendre plus de poids que les mots anodins prononcés par les personnages durant leurs échanges, sait être assez subtile pour permettre au lecteur qui pressentirait là un terrain dangereux pour lui émotionnellement de s’en tenir à ce qui est immédiatement dit sans en ressentir de frustration. L’avantage de ces nouvelles à double fond c’est qu’elles laissent chacun libre de se les approprier à sa convenance.  

Outre la forme dialoguée à la charnière entre conte et théâtre choisie par Jean-Claude Martin pour oraliser ses récits afin de nous les rendre plus proches et donner une vivacité agréable à l’ensemble, le jeu parfaitement dosé qu’il propose entre le mystère et le réalisme le plus sombre repose aussi sur un subtil brassage entre la langue du quotidien, l’onirisme et l’humour noir dans toute sa palette, de la blague potache au macabre facétieux, de la farce métaphysique à la pataphysique. De quoi ajouter aux fantômes qui s’agitent en arrière-plan d’Orphée cours élémentaire et autres nouvelles ceux, bienveillants, de Jacques Prévert, Roland Topor, Tim Burton et Beckett.

Une mention spécialeaux nouvelles Le puits et Demain pour leur aspect énigmatique, La foi pour la force de sa chute, Dravidenko et Un bon candidat pour leur conjugaison de férocité et de drôlerie, Fil de l’eau pour la beauté picturale de la scèneet Une barre un peu trop haute pour son étrangeté et la superbe illustration que l’auteur y fait de la cruelle innocence que peuvent avoir parfois les enfants.

Les éditions Rhubarbe ont, avec la superbe couverture réalisée par Colette Reydet et ses cinq collages surréalistes qui émaillent les nouvelles, offert à ces quatre-vingt-dix pages de belle littérature l’écrin qu’elles méritaient. 
Ce livre à la croisée des chemins, qui vagabonde hors des sentiers battus et se déguste avec lenteur, peut se relire à l’envi et mérite grandement qu’on s’y attarde. 

Dominique Baillon-Lalande 
(07/06/21)    



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Lectures









Jean-Claude MARTIN, Orphée cours élémentaire
Rhubarbe

(Mars 2021)
102 pages - 10











Jean-Claude Martin,
né en 1947, poète et nouvelliste, est l'auteur d'une trentaine de livres.



Visiter le site de l'auteur :
www.jeanclaudemartin.fr






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