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Milena AGUS


Une saison douce


Dans un village de Sardaigne désolé, un groupe de migrants débarque, laissant les villageois stupéfaits. Que viennent faire ici ces « envahisseurs », comme ils appellent ces migrants accompagnés de quelques humanitaires ? La stupéfaction est partagée par les migrants qui ne reconnaissent pas dans ce village misérable l’Europe tant convoitée.
Après quelques jours où les portes restent closes, un groupe de femmes du village décide de se rendre utile, les migrants sont tellement démunis. Elles amènent à la Ruine, ancienne salle des fêtes où le groupe a été affecté, de quoi se couvrir, se changer, de la vaisselle, des réchauds, des matelas. Leurs armoires sont pleines de couverture et de vêtements qu’elles n’useront pas, ni elles, ni leurs enfants qui sont partis et ne reviennent plus au village.
Les maris n’approuvent pas leurs épouses, les critiquent et finissent par ne plus leur parler. Les autres femmes les moquent et médisent sur les humanitaires.  Cela ne décourage pas les femmes qui se sentent utiles pour la première fois depuis longtemps et qui tissent des liens de sympathie et bientôt d’amitié avec les migrants et leurs accompagnateurs humanitaires.
« Nous, nous sentir bonnes nous faisait du bien, même si la vraie bonté est une tout autre affaire. [...] Oublier le fardeau de la vieillesse, qui nous accablait depuis trop longtemps, était un autre soulagement. [...] Désormais, engagées dans le soutien aux envahisseurs, nous n’avions plus guère le temps de ressasser nos maladies. »
Cet apport de jeunesse et de renouveau va leur donner l’énergie de défricher un terrain pour en faire un jardin potager où « envahisseurs » et villageois travaillent ensemble. Devant ce spectacle, les hommes du village à leur tour contribuent au travail. Ce renouveau donne aussi aux femmes l’envie d’embellir leur village, de soigner les plaies de leur maison.

Ce dont il est question dans ce roman, c’est du choc que permet la confrontation entre les individus. On a peur des migrants tant qu’on ne les a ni vus ni côtoyés. Les femmes qui ont bravé leur propre réticence et l’opposition de leur mari, ces femmes qui ont osé se mettre à dos les plus timorés, ces femmes se sont transformées, elles ont fait preuve d’ingéniosité, de générosité bien sûr mais surtout d’une force qu’elles ignoraient posséder.
Nous retrouvons Milena Agus là où elle excelle : peindre la richesse des sentiments.  Après que les maris ont amené des outils et des plantes pour créer le jardin, les femmes expriment cette richesse. « Nous retrouvâmes pour eux la pureté des sentiments que nous pensions avoir perdue,  avec une dimension en plus, une sorte d’élargissement à toute l’humanité de l’amour singulier pour un homme. »
Cette force, elles la tirent aussi des liens de solidarité, d’intimité qu’elles comparent à une famille. « Il nous semblait qu’au fond, en cherchant bien, cette bouillabaisse de races et de religions, pour citer les Autres, ressemblait bel et bien à une famille, aussi rafistolée fût-elle. »

Milena Agus aime peindre les gens avec humour et même ironie mais avec une infinie indulgence. Elle nous offre là une galerie de portraits colorés.
« Aucun des humanitaires ne semblait avoir la trempe de ceux qui savent vraiment épauler leur prochain. [...] L’ingénieur avait l’air bien trop fasciné par les riches pour pouvoir s’intéresser vraiment aux misérables. Le garçon du sex-shop était de toute évidence à l’affût d’aventures sexuelles. [...] Le professeur non plus n’avait pas le bon profil, c’était un catastrophiste qui ne croyait pas une seconde à l’amour universel. »
Parmi les portraits les plus forts, un couple de réfugiés syriens ; Saïd Amal s’était rebellé dans l’espoir de trouver la paix et la liberté. Mais la « rébellion avait été écrasée dans le sang » il était devenu « fanatique et vindicatif ». Au contraire, sa tendre épouse Saïda ne concevait nulle rancœur. Laissons-lui le mot de la fin ; « Elle pensait que les peuples sont bien obtus de refuser de comprendre qu’un destin commun les unit, et que ni la guerre ni les représailles ne pourront jamais changer cette réalité : aujourd’hui, nous sommes chassés de chez nous, et demain, ce sera votre tour. »

Nadine Dutier 
(15/02/21)    



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Lectures








Liana Levi

(Février 2021)
176 pages - 16 €


Traduit de l’italien par
Marianne Faurobert








Milena Agus
née dans une famille
sarde a déjà publié une
vingtaine de romans.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia





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