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Sam MILLAR


Un tueur sur mesure


L’art et la manière de s’embarquer dans une galère et de se retrouver dans une situation inextricable aux conséquences ravageuses. Une sorte de Tontons flingueurs sans humour sur fond de violence irlandaise. Quand on arrive à la fin du roman, on aimerait revenir au début et dire à Brian : non, surtout touche pas au grisbi ! Mais après tout, heureusement qu’il le prend parce que c’est le début d’un polar passionnant au rythme haletant dans l’univers complexe de l’Irlande du Nord où les démons de la guerre n’ont pas tous été enterrés en 1998 avec l’Accord du Vendredi Saint.

Tout commence à Belfast, un soir d’Halloween, où trois Pieds nickelés, aussi maladroits que malchanceux, tentent de braquer la Bank of New Republic.
Armés et sous des masques de loups, Charlie Madden, Jim McCabe et Brian Ross pénètrent dans la banque quelques minutes avant la fermeture. Grâce à une informatrice, ils savent comment se faire ouvrir la chambre forte. Malheureusement leurs informations ne sont pas à jour et la chambre forte est vide. « C'est une nouvelle procédure de sécurité, de nouvelles règles. Ils enlèvent tout l'argent une heure avant la fermeture. Vous avez manqué le fourgon de la Brinks de quelques minutes. »
Les trois loups parviennent à s’enfuir et tout pourrait s’arrêter là mais le diable avait encore un tour dans son sac et Brian, avant de quitter la banque, arrache sa mallette à un client, venu en dernière minute déposer un demi-million sur son compte.
D’un seul coup, c’est la fête, les trois compères sont devenus riches et chacun y va de son projet d’avenir.
Ce qu’ils ne savent pas et qu’ils mettront longtemps à comprendre, c’est l’identité du propriétaire de la mallette. S’ils l’avaient su, ils n’y auraient pas touché. Ils l’auraient évité comme s’il s’était agi d’un crotale à la tête dressée.

Seamus Nolan, le crotale, est très en colère et chez lui, la vengeance est redoutable. Il a été humilié par ces trois clowns qui ont réussi à l’assommer et partir avec sa mallette. Les membres de la Fraternité pour la liberté irlandaise n’apprécient pas non plus de voir l’argent de leur organisation disparaître dans la nature. Nolan devait se présenter à la banque deux heures plus tôt et le demi-million aurait été tranquillement mis à l’abri par la Brinks. Connor, le leader du groupe, est furieux et cette bavure se rajoute à ce qu’il pense de Nolan : « Je t'ai regardé évoluer comme un petit voyou, une petite brute sadique. La seule chose qui ait changé pendant toutes ces années, c'est ta taille. Maintenant, tu es un gros voyou et une grosse brute sadique. Je déteste ce que tu fais, toi et ton équipe de demeurés, et le fait que tu te sortes de tout ça juste parce que ton oncle est une pointure dans le mouvement. […] Tu n'es qu'un psychopathe, purement et simplement, un chien enragé qui aurait dû être abattu depuis longtemps. »
Si les trois loups avaient entendu ce jugement, ils auraient sérieusement paniqué et ils auraient eu raison !

Mais Connor, pour récupérer l’argent, préfère recourir aux services d’un professionnel avec lequel il a l’habitude de travailler et l’on voit entrer Rasharkin dans la danse. Il sait ce qu’il a à faire et il le fera sans haine, comme un pro, simplement, méthodiquement.

Bien sûr, à Belfast, il y a aussi la police. L’inspecteur principal Harry Thompson est à un mois de la retraite et ce braquage raté n’est pas le bienvenu, d’autant plus que peu à peu cette histoire part dans tous les sens, les uns et les autres cherchant à comprendre qui est qui et qui fait quoi, qui est le chasseur qui est le gibier. Si l’on ajoute que les républicains ont des indicateurs dans la police du royaume et inversement, il est bien difficile d’imaginer quelle sera la suite des événements.

En chapitres courts, on passe des uns aux autres, le rythme est intense, les rebondissements incessants et les dégâts collatéraux non négligeables. On cherche, on espionne, on menace, on torture, on tue, tous les moyens sont bons pour mettre la main sur l’argent de la cause, sur ceux qui l’ont volé ou sur ceux qui les pourchassent. Difficile de savoir qui fait vraiment partie des naïfs, des traitres, des salauds ou des justiciers.
Voilà un roman plein de bruit et de fureur, de mystères aussi, dans une atmosphère éruptive comme si les braises couvaient toujours sous les cendres d’une réconciliation très superficielle. Les souvenirs, les secrets, les drames bouillonnent au fond des mémoires comme la lave sous l’apparence d’un volcan éteint.

L’auteur sait de quoi il parle. Il a fait de la prison en Irlande du Nord comme activiste politique au sein de l’IRA et aux États-Unis pour un hold-up spectaculaire. Après sa condamnation, il est rentré à Belfast pour écrire.
Quand on sait que ce roman, comme les précédents, est traduit en français par Patrick Raynal, grand auteur de polars lui-même, on ne voit pas ce qui pourrait encore faire hésiter les amateurs de littérature noire. Un sombre voyage en Irlande à ne pas manquer !

Serge Cabrol 
(18/10/21)    



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Noir & polar







Sam MILLAR, Un tueur sur mesure
Métailié Noir

(Octobre 2021)
280 pages - 21,50


Traduit de l'anglais
(Irlande du Nord)
par Patrick Raynal
















Sam Millar,
né à Belfast en 1958,
a fait de la prison en Irlande du Nord comme activiste politique au sein de l’IRA et aux États-Unis après y avoir perpétré un hold-up spectaculaire, le fameux casse de la Brinks de Rochester. Après sa condamnation, il est rentré à Belfast pour écrire. Son expérience est décrite dans On the Brinks.
Ses livres sont traduits dans plusieurs langues.





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