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Laurence NOBÉCOURT


Post Tenebras Lux


Les éditions du Cerf publient habituellement des textes et des essais spirituels ou religieux. En 2021, elles ont visiblement décidé de se tourner vers la littérature puisque paraissent le même jour sept textes d’auteur.es. De Céline Curiol à Mathieu Terence, toutes et tous ont écrit sur le thème des sept péchés capitaux. Un livre, un péché. Laurence Nobécourt s’est penchée sur la luxure.
Qu’il y soit question de Dieu chez un tel éditeur n’a rien d’étonnant. S’en tenir toutefois à une lecture religieuse du livre serait plus que réducteur. Car Laurence Nobécourt y parle tout autant voire avant tout du corps. De la chair. La chair souillée. Puis réparée. La rédemption.
Elle y parle de féminin, du féminin. Comment accède-t-on à la femme que l’on est ? Comment la trouve-t-on ? Faut-il en passer par la luxure ? Si ce n’est pas l’unique voie, ce peut être un chemin possible car se perdre, c’est s’obliger à se chercher.
Elle y parle d’amour. De LA rencontre avec l’homme qui l’incarne. Naît, alors, le désir pur, qui sort la chair de la luxure pour la conduire vers une vérité de soi.
Il faut ici citer le texte, nommer la sublime langue de Laurence Nobécourt qui, sous le prénom de Lorette, nous avait habitués à tant de grandeur : « La femme que je suis devenue à ton côté et sous tes doigts couronne la reine que je portais en moi. » « Tu maçonnes ma chair de ta soif, me prépares à l’accueil. (…) C’est toi qui construis l’hospitalité où tu seras reçu. »
De la chair souillée, elle parle avec autant de beauté : « Il m’a ouverte, s’est enfoncé dans mon printemps, a cogné sa racine à mes fleurs qui se sont refermées dans l’instant. » « Pourrais-je dire encore les hommes vêtus et jambes ouvertes dégrafant mon cache-cœur serré sur ma poitrine à froisser mes petits seins de pétale, dans la transparence de mon âge – dix-huit ans à peine – moi qui tremble sans comprendre, tandis qu’ils me dénudent, fragile, mon corps-papillon épinglé par un mauvais présage… »
Le texte entier a cette noblesse. Ni érotique, ni ésotérique, ni poétique, les trois à la fois.
Pour le construire, l’auteure s’est appuyée sur une phrase issue du Livre de Job : « Post tenebras spero lucem ». Une partie de texte déplie un mot : après / les ténèbres / j’espère / la lumière.
Laurence Nobécourt a bien fait de l’espérer car son livre dit qu’elle l’a non seulement trouvée mais écrite. Un texte lumineux, oui, c’est certain. Dont on sort en voulant aimer. Dieu peut-être. L’Autre sans aucun doute.

Isabelle Rossignol 
(04/02/21)    



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Lectures








Laurence NOBÉCOURT, Post Tenebras Lux
Le Cerf

(Février 2021)
128 pages - 12






Laurence Nobécourt
a déjà publié une quinzaine de livres.


Bio-bibliographie
sur son site :
laurencenobecourt.com