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Florence ROCHE


La source maudite


De livre en livre, Florence Roche nous fait visiter diverses régions du pays. Après la Bretagne, Grasse (Les parfums d’Iris), l’Auvergne ou la Savoie (Le pensionnat de Catherine) et tant d’autres au fil d’une vingtaine de romans, c’est aujourd’hui dans le Périgord que nous allons nous promener avec de belles descriptions de la ville de Périgueux et de ses environs, un pays riche en légendes qu’il s’agisse du lébérou, mi-homme mi-bête, de la belle de Sauvebœuf sur les bords de la Vézère ou du coulobre, un reptile aquatique gigantesque qui faisait chavirer les bateliers de la Dordogne.

Ici, c’est la Bérane qu’on accuse de tous les maux, un moyen bien pratique pour se débarrasser des personnes gênantes. « La grand-mère de Victor lui avait raconté qu'un monstre reptilien, doté de longues pattes recouvertes d'écailles et aux griffes fourchues, vivait sous l'eau. On l'appelait la Bérane. Elle saisissait ses proies humaines et les entraînait au fond jusqu'à ce que mort s'ensuive. On avait retrouvé la dépouille de nombreuses victimes qui, peu avant, s'étaient approchées de la source maudite, attirées soi-disant par le diable : des pêcheurs, de jeunes enfants et même un moine, colportait-on au début du siècle. L'histoire locale regorgeait de ces exemples terrifiants. On affirmait que cette créature laissait la trace de ses griffes sur le corps des martyrs. »

Le personnage principal de ce roman, Juliette, a 12 ans en 1956 et ne croit pas à ces histoires de monstres. Elle n’hésite pas à se baigner dans le gour, ce lac naturel au pied de la cascade, où vivrait la Bérane. Fanette, sa copine du même âge, n’est pas du même avis et sait très bien que tout le village écoute le curé. La Bérane, c’est le diable et tous ceux qui provoquent le diable seront punis par la Bérane lorsqu’ils s’approcheront du gour. Celui ou celle qui dérange la Bérane attire le malheur sur tout le village.
Mais Juliette a un allié contre les ragots et les superstitions : son oncle Victor, le frère de son père. Il faut dire que les parents de Juliette vivent de la fabrication de foie gras et qu’elle n’aime pas participer au gavage des canards ou des oies. Le père considère sa fille comme une bonne à rien et les paires de claques viennent souvent clore les disputes.

Les relations entre Victor et son frère sont toujours tendues et Juliette se réfugie chez son oncle dès qu’elle en a besoin. Victor cultive une parcelle de vigne et la fillette aime s’en occuper avec lui, se promener entre les ceps, tailler les sarments, participer aux vendanges et suivre tout le processus de vinification…

Quand on retrouve le corps de Fanette près de la source de la Bérane, noyée et le dos tout griffé, il est évident pour tout le monde que c’est la punition de la transgression de Juliette.
Face à la colère du village, les parents placent immédiatement leur fille dans un internat à Périgueux. Une période qui va rapprocher encore plus l’oncle et sa nièce. Tous les dimanches, pendant les années de collège et de lycée, Victor descend à Périgueux avec sa camionnette. Pique-niques, séances de cinéma, balades dans la ville et la région, des moments aussi agréables pour Juliette que pour le lecteur qui profite des descriptions et de l’histoire du Périgord que Victor connaît si bien.

Mais les années passent et en 1972 la Bérane frappe à nouveau en tuant Victor. Le roman prend alors des allures d’enquête policière. Amaury Delbard, lieutenant de police scientifique spécialisé en spéléologie et géologie, est chargé de faire la lumière sur les crimes attribués au monstre aquatique.
Juliette est devenue une jeune femme, indépendante, libraire à Périgueux, mais toujours attachée à son oncle et à sa vigne. Comme Amaury, elle ne croit pas à la légende de la Bérane, mais, en plus, elle est persuadée que plusieurs crimes, y compris la mort de Fanette et Victor, sont liés à des secrets datant de la Seconde Guerre mondiale.

Collaboration, résistance, familles juives cachées, dénonciations, jalousies, histoires d’amour, d’argent et de terres… Juliette, née en 1944, est bien décidée à montrer que la Bérane n’a rien à voir avec les cadavres au dos griffé et les mystères qui entourent ces morts. Elle est très motivée pour mener l’enquête parce que cette légende lui a valu d’être chassée du village et placée en pension mais aussi parce que les moments passés avec le bel Amaury n’ont rien de désagréable.

Florence Roche nous offre encore une fois un roman très bien documenté. En accompagnant Juliette, Victor et Amaury, nous profitons d’une visite guidée, vivante et pleine de rebondissements, du Périgord, de son histoire, sa géographie et ses légendes.

Serge Cabrol 
(28/10/21)    



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Lectures








Presses de la Cité

Terres de France
(Octobre 2021)
288 pages - 20

Version numérique
13,99










Florence Roche, passionnée d'histoire,
a déjà publié une
vingtaine de livres.







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de Catherine