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ROSLUND & THUNBERG


Si tu me balances


Quelle histoire ! Une famille, avec des liens qui semblent forts malgré les drames, une autre famille dans le drame aussi, avec des liens percutés et/ou refusés, mais qui semblent tout aussi forts !!!…

Dès le début du roman, une scène spectaculaire et troublante : Léo, un garçon de 14 ans, nettoie le sang versé par sa mère, qui vient d’être battue et gravement blessée par son mari. C’est ainsi que nous faisons directement connaissance avec la première famille. Ensuite, ce même Léo va s’occuper de ses deux frères : Felix, 11 ans, et Vincent, 7 ans. Mais « ce qui s’est passé entre ces murs doit rester entre ces murs. C’est ainsi que fonctionne une famille. »

Quelque temps plus tard, Léo décide de mettre au point un vol qui pourra les aider à vivre tous les trois en attendant le retour de leur mère hospitalisée (leur père est en prison) car ils ne veulent pas aller en famille d’accueil. Et à son frère qui refuse le projet, il précise : « Et le meilleur, tu sais ce que c’est Félix ? C’est qu’on n’aura pas besoin de recommencer. Il y aura trente, peut-être quarante mille couronnes dans le sac. On se fera tout ce fric en une fois ! »

Et ce projet sera très minutieusement préparé et programmé. Car « un bon plan est un plan qui ne vous expose qu’une seule fois, lors du coup principal. La bicyclette grâce à laquelle il fuira les lieux de son forfait est la seule chose qu’il puisse se procurer sans prendre de risque, s’il le fait la nuit précédente. »

Les années passent, et on pourra les supposer compliquées. Léo semble avoir continué les vols et autres braquages, et ces derniers, de plus en plus spectaculaires, voire audacieux.

Lors de sa dernière sortie de prison, sont là qui l’attendent : son père Yvan, l’agresseur de sa mère, mais « qui a changé » comme il le prétend, et bien à l’écart de ce dernier, Félix, assis dans la voiture de leur mère, avec elle.

Et Yvan se souvient : « Cela faisait tellement d’années qu’il ne l’avait pas vue, s’il ne tenait pas compte de cette fin de soirée, où Félix et Vincent étaient venus frapper à la porte de Léo pour tenter de le convaincre de ne pas attaquer cette banque. Quand ils avaient ouvert la porte, le braqueur qui allait les remplacer –eux, les deux frères qui avaient laissé tomber – s’était tenu face à eux : leur père. »

La seconde famille va apparaître en la personne du flic, John Broncks qui semble concerné et surtout bien déterminé à surveiller Léo, car il se doute qu’il va recommencer à programmer des braquages dès sa sortie. Il sait que Léo est intelligent, volontaire et peu enclin à renoncer. Et ce dernier doit avoir en tête un projet grandiose pour lequel il a commencé à construire un plan très sophistiqué, comprenant pièges et autres diversions contre d’éventuels poursuivants.

Le flic, quant à lui, travaille avec une partenaire au flair aigu qui va assez vite se rendre compte que son « patron » pourrait bien lui cacher quelque chose. Et effectivement nous apprenons que… le frère aîné de John Broncks a rencontré Léo en prison, et qu’il va sans doute jouer un rôle… Ainsi fonctionne cette autre « famille » avec ce flic volontaire et cette sorte de sentiment complexe qui le lie à son aîné. Nous ne saurons que plus tard les faits à l’origine de ce qui a amené les frères à prendre des chemins aussi opposés.

C’est donc avec une très grande habileté que ce roman est construit et composé.  Des retours en arrière dosés et surtout pertinents qui ne se contentent pas de nous donner des indices sur le caractère des personnages, mais qui arrivent juste au moment où il paraît judicieux de connaitre certains faits ou analyses, mieux cerner ce qui va suivre, et mieux « voir » comment les membres de ces deux « familles » risquent de se croiser.

Il faut aussi souligner, non seulement la composition habile de ce roman, mais la façon qu’ont les auteurs de décrire la planification des braquages avec tous les détails, y compris les surprises à éviter et les pièges à intégrer, voire à planifier !
Un réalisme qui nous embarque !
Car nous y sommes, même si nous ne nous y attendions pas. Maîtrise de l’écriture avec tension assortie.
Et si en plus on ajoute la finesse d’un « décorticage » des pulsions, des pensées des uns, et même des autres, cela rend cette lecture bien addictive.

Anne-Marie Boisson 
(14/04/21)    



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Noir & polar







ROSLUND & THUNBERG, Si tu me balances
Actes Sud

Collection Actes Noirs
496 pages - 23,50 €


Traduit du suédois par
Frédéric Fourreau








Anders Roslund est journaliste d'investigation et coauteur de sept romans policiers - les six premiers, fruits de sa collaboration avec Börge Hellström, se sont écoulés à plus de cinq millions d'exemplaires dans le monde et sont en cours d'adaptation au cinéma et à la télévision. Made in Sweden a marqué le début de sa nouvelle collaboration avec Stefan Thunberg, l'un des plus célèbres scénaristes scandinaves.
(Source Actes Sud)