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Véronique SALES

Okoalu



Okoalu est un roman aussi étrange qu’Okoalu elle-même. Okoalu une île que certains auraient vue au large du Pacifique quand d’autres pourraient affirmer qu’elle n’existe pas. Alors ? Île imaginaire ou réelle ? Rien, dans le roman, ne permet de trancher. L’auteure nous laisse le choix d’y croire ou non, tout comme quelques-uns des quatre personnages principaux, ceux qui préfèrent oublier les années où ils ont été portés disparus.

Car tout de même, il semblerait bien que soient un jour tombés sur cette île, comme des dieux tombés du ciel, quatre enfants. Ils étaient en vol pour rejoindre leur famille lorsque leur avion s’écrasa dans l’océan. Y eut-il d’autres survivants ? Rien n’est moins sûr là encore. Mais Mildred et Glencora (deux sœurs) ainsi que Sven et Ingvar (deux frères), eux, ont échoué sur l’île. Comment l’ont-ils rejointe exactement ? On sait seulement qu’ils s’y sont retrouvés pour ne plus se quitter. On sait aussi que d’autres enfants vivaient là avant eux, de petites créatures aux allures divines qu’ils ont fini par rencontrer. On sait tout cela pour peu que l’île ait existé.

On l’aura compris : Okoalu est un roman qui flirte avec le fantastique ou tout du moins l’extraordinaire. Mais on ne peut s’empêcher de penser également à Robinson Crusoé dans la façon que ces enfants ont de survivre en s’emparant de la nature et de ses bienfaits, en apprenant à apprivoiser ses dangers, en devenant des adultes avant l’heure.

Okoalu prend alors des airs de roman d’apprentissage. Comment grandit-on ? L’aîné est-il forcément plus malin que le cadet, la cadette forcément plus peureuse que son ainée ? Comment grandit-on en se distinguant des autres ? Ou en reniant son passé ? Quel destin s’invente-t-on quand il n’y a plus d’adultes pour guider ? C’est à tout cela que nous confronte le roman de Véronique Sales.

Le passé, qu’il soit renié ou non, a son importance. Ainsi, l’histoire des enfants sur l’île alterne avec des pages sur leur famille, leur vie d’avant. Peu à peu le roman entremêle les histoires, y ajoute même des éléments sur le futur de quelques personnages, ce qui peut donner une sensation de confusion pour le lecteur. Mais cette confusion est parfaitement orchestrée par l’auteure, comme si elle la mettait au service de l’irréel possible de cette île.

Au fond, nous perdre dans ces différents temps, c’est le jeu d’Okoalu. C’est le jeu des romans qui plongent leurs lecteurs dans la magie d’une île et dans la magie de vies qui se construisent ou s’égarent.

Un beau roman donc. Exigeant mais beau. Très beau aussi dans l’écriture, notamment pour évoquer la puissance de la nature. Et n’est-il pas bon de rappeler de temps en temps cette puissance ? Sur ce point, on peut trancher après avoir découvert l’écriture de Véronique Sales : oui.

Isabelle Rossignol 
(24/09/21)    



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Lectures







Véronique SALES, Okoalu
Vendémiaire

(Août 2021)
274 pages 18














Véronique Sales
a publié plusieurs livres
et créé les éditions Vendémiaire en 2010.

Bio-bibliographie
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