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Gilles SEBHAN


Noir diadème


« On ne sait jamais si l'on croise l'enfance d'une victime ou d'un meurtrier. C'est la phrase qu’avait prononcée une journaliste à propos d'une enquête sur la jeunesse délinquante. La phrase du documentaire avait marqué Dapper. Il sentait obscurément que c'était une question qu'il n'avait cessé d'adresser à ce qu'il avait été. »

« Entre le canal et l'arrière d'une usine désaffectée où s'était établi un camp de fortune » le cadavre mutilé d'un adolescent de 14 à 16 ans est retrouvé. Il a le sexe coupé et le cœur arraché. Pour le premier organe, c'est la signature de Bauman, un tueur en série du précédent roman de Sebhan. Pour le deuxième c'est un mystère.
« Un jour je ne pourrai plus, se dit Dapper, non je ne tiendrai plus debout devant la DESTRUCTION, il vit le mot gigantesque qui rougeoyait dans le couchant, puis se rendit compte qu'il avait déformé un slogan d'une publicité sur le grand panneau. Il se dit qu'un jour aurait lieu l'effondrement mais pas aujourd'hui, ce jour viendrait. […] Pour l'instant, on attendait de lui qu’il partage sa science du mal. »

« Le sexe et le cœur. Depuis le début cette corrélation tournait dans la tête du flic comme une valse écœurante. S'il avait tardé à contacter son collègue, c'était sans doute aussi pour ça. Il faudrait évoquer les activités de l'adolescent, le terrain vague, les toilettes du centre commercial. Il ne comprenait pas pourquoi, mais la honte de tout cela le touchait de près, l'éclaboussait, restait sur lui comme une boue au bas du pantalon. Quelque chose de trop immonde pour être articulé ne cessait de se produire dans le no man's land où l'on avait trouvé le garçon et se propageaient au fond du crâne de Dapper. […] Non, dit Dapper, le cœur n'était pas près du corps. À ce jour, il reste introuvable. »
Le sexe, le cœur, tout cela mènera à l'argent du casino de l'autre côté de la frontière...
Le sexe, c'est le tueur en série du précédent roman de Sebhan (au Dapper récurrent), c'est la maîtresse du flic, les toilettes du centre commercial, c’est l’amante de la femme de Dapper, c'est le désir de Théo, le fils...
Le cœur, c'est le cœur de l'enfance qui est mutilée par l'immigration. Car ce roman est peuplé d'enfants – traumatisés – Ylyas, Théo, le jeune voyou crâneur, celui qui doit avoir Marlène. Enfants que Dapper voudrait sauver.
L'argent, c'est celui des criminels, ceux qui tuent un enfant, pour en sauver un autre...

Noir diadème est un roman qui commence comme un polar et se termine en tragédie. Construit sur l'angoisse de Dapper. « Il se tenait au milieu d'un pont. L’âge venait se poser sur lui comme une fine poussière, une pluie éparse qui ne cessait de dégringoler sur lui tandis qu'il avançait.
Entre les lattes disjointes du pont, une eau noirâtre. Chaque nuit, cette eau s'assombrissait, chaque nuit la poussière pesait davantage sur ses épaules, parfois c'était des pics qui lui transperçaient le dos, parfois des éclairs ils lui déchiraient les yeux. » Dopper toujours entre deux rives, deux choix, devra opter.

Ce roman avance implacablement : 31 chapitres, chacun construit en trois parties, rien ne dépasse, les dialogues, les discours sont simplement en italiques. Cette régularité, voire monotonie, comme le paysage d'un plat pays brumeux, comme une horloge qui avance vers un temps fini, engendre l'angoisse, le tragique.

Michel Lansade 
(02/08/21)    



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Noir & polar








Rouergue Noir

(Janvier 2021)
192 pages - 18










Gilles Sebhan,
né en 1967, écrivain et peintre, a déjà publié une quinzaine de livres.



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www.gilles-sebhan.fr






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