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Gilles VIDAL

L’art de la fuite est un secret


« La toile était restée sur le chevalet, inachevée, et je ne cessais de penser à elle tandis que, à pied, je me dirigeais d'un pas vif vers la gare en jetant de temps à autre quelques regards furtifs autour de moi, comme si j'avais eu le feu aux trousses. »
Ainsi commence ce roman très mystérieux où Victor s’enfuit et prend le premier train vers le Sud. Que fuit-il ? Ou qui ? Mystère. Lui-même ne semble pas le savoir…

Pendant le voyage, par hasard et grâce à son talent de dessinateur, il rencontre Agnès, une femme très discrète, « prête à n'importe quoi afin que l'on ne la remarquât pas, accoutrée comme elle était de pied en cap d'une sorte de long manteau couleur marron glacé […] Son bonnet beige masquait son crâne et ses oreilles […] Ses lunettes noires enveloppantes masquaient le reste. » Difficile d’établir ensuite un portrait-robot…

Sans le montrer, Victor et Agnès s’observent mutuellement et, en descendant du train, c’est elle qui l’interpelle et engage la conversation.
« Vous pouvez peut-être m'aider, me dit-elle soudain, si vous n'avez rien d'urgent à faire dans l'immédiat. » Faute de savoir où aller, il décide de l’accompagner, sans plus de précisions sur l’aide dont elle aurait besoin où du lieu où elle l’emmène. C’est peu à peu qu’il comprend qu’elle aussi fuit un danger, une menace plus précise que celle qui hante Victor, un homme violent et déterminé…

Gilles Vidal joue avec les codes du roman noir, choisissant des lieux inquiétants, comme cette grande maison inhabitée, aux murs couverts de tableaux, avec un atelier où l’on s’attendrait à rencontrer le fantôme du peintre…
Bien sûr, il y aura, au fil des pages, une lutte à mort et un cadavre. Tout le monde ne peut pas sortir indemne d’une telle histoire.
L’auteur joue aussi avec les niveaux de langue sans négliger le respect de l’imparfait du subjonctif, même pour évoquer un différend au sujet d’un smartphone : « Elle voulait me suggérer de lui prêter le mien ce qui impliquait nécessairement que je le rallumasse et que, donc, par voie de conséquence, je m'exposasse au danger de me faire peut-être repérer. »

Voilà donc un roman noir où l’atmosphère est primordiale, à la fois poétique et onirique, où des menaces imprécises entrainent un personnage vers des lieux inconnus, où une femme mystérieuse, aux allures d’héroïne fatale, porte avec elle la peur, la violence, la mort et l’amour, le tout sur un ton parfois désabusé et mélancolique. « La vie était ainsi faite, il n'y avait juste que le vide abyssal d'un univers où chacun cherchait à combler sa solitude et à affronter dignement son impuissance face à la mort inexpugnable au bout du chemin. » Noir, c’est noir.

Serge Cabrol 
(20/05/21)    



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Noir & polar








La déviation

(Mars 2021)
230 pages - 17,90

En couverture, une peinture de l'auteur.




Gilles Vidal,
né en 1955, a publié plusieurs dizaines de livres dont beaucoup de romans noirs et de thrillers.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia



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