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Tim WINTON


La cavale de Jaxie Clackton


« Le changement est lent et l'espoir est violent. »
Liam Rector, Song years
(Exergue du roman)

« Dès que j'arrive sur le bitume et que je sens sous moi ce grondement lisse et gris, c'est un sacré changement. J'ai l'impression d'être dans un monde tout neuf, fluide, plat et sans problème. […] Quand vous avez crapahuté comme une chèvre sale durant des semaines et des mois, quand vous avez reçu en plein visage les embruns de pierre de la cambrousse pendant tout ce temps, c'est vachement brutal. C'est dément, croyez-moi. Vous vous prenez pour un ange. Une flèche de lumière et rien d’autre. »

C'est à la fois l'incipit et la fin du roman. Entre les deux, la cavale de Jaxie Clackton. Le changement lent, la renaissance, conduit par une espérance violente, la belle cousine, Lee.
Jaxie, enfant martyr de son père qu'il nomme Wankbag (Sac à merde) ou Capitaine, le découvre mort écrasé par son pick-up. Ayant peur qu'on l'accuse de meurtre, il prend la fuite dans le désert australien. La question de la survie se pose très vite à lui : avec quoi dépecer, découper le kangourou chassé et comment le conserver. Mais survivre ce n'est pas seulement physique, c'est aussi survivre à son passé, comme disait Sartre, « ce que nous voulons faire de ce qu’on a fait de nous ». Tout en se remémorant son histoire, ses liens familiaux, la société dans laquelle il a vécu, la religion, il effectue des mises à mort symboliques.

En allant chercher du sel pour conserver le "roo" qu'il a tué, il tombe sur une cabane, avec réserve d'eau, le luxe, et un vieil homme solitaire, Fintan, prêtre défroqué. Entre Jaxie et Fintan, ce sont des rapports tendus, toujours au bord de l'explosion.
« Alors oui, on s'engueulait, Fintan et moi. Lui, il disait qu'on avait des conversations civilisées, simplement. Mais des fois, il avait pas conscience qu'il risquait de se faire défoncer le crane. »
 "Père" défroqué, Fintan sera le moyen pour Jaxie de s'en sortir. « Au bord du lac, y avait des arbres dans le ciel, plantés sur la tête. C'était beau et drôle, comme il avait dit. Au moins il avait raison sur un point. Et en voyant ça, j'avais du mal à rester en colère après lui. C'était rien de plus qu'un mirage mais je suis resté à le regarder, jusqu'à ce que je m'en foute qu’il soit pas réel. » Jaxie franchit un cap, il n'est plus seulement "terre à terre". Et ce mirage qu'on a devant soi, c'est peut-être l'espérance violente, l'amour ? Enfin sa relation avec Fintan « c'était plutôt tranquille. Jusqu'à ce que le vent souffle du Nord. »

Roman "sauvage" mais pas "bête" comme le dit Fintan à propos de la solitude, La cavale de Jaxie Clackton est brutal comme l’est l’adolescent narrateur, rejeté de tous. C'est un roman âpre, noir, éclairé d'une lueur, Lee, la belle cousine, l'amour.

Michel Lansade 
(16/08/21)    



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Noir & polar







Tim WINTON, La cavale de Jaxie Clackton
Gallimard

La Noire (Mai 2021)
304 pages - 22

Version numérique
15,99


Traduit de l'anglais
(Australie) par
Jean ESCH






Tim Winton,
né en Australie en 1960,
a déjà publié une
vingtaine de livres.


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