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Jean AZAREL

Portugal, un père et fils

Des chants d’oiseaux incessants coffrent l’odeur subtile de remugle marin.

Un émouvant petit carnet de voyage à deux qui unit l’écriture du père aux photos du fils. Une écriture poétique, drôle, ironique pour retenir l’émotion qui filtre joliment, évocatrice du lien d’amour très fort qui unit ces deux là et de la joie que l’on ressent à découvrir un pays, cette façon goulue qu’on a d’essayer de se l’approprier par tous les sens.

Déjà l’air croustille a capella comme une noix de saindoux dans un faitout. Sauté de cœur, sur des kilomètres défile un décor lancinant de champs de chênes lièges déshabillés jusqu’au menton. On s’arrête pour ramasser des feuilles d’eucalyptus. Ecrasées dans les mains, inhalation aidant, elles distillent une fraîcheur fugace meilleure qu’une prière du Dalaï Lama […]

Quelques photos du fils ferment le carnet et ouvrent sur le mystère tenace du pays que l’on a traversé, la rétine imprégnée de lumières et d’architectures, l’estomac empli de mets nouveaux, le nez chatouillé par les senteurs culinaires et autres…

À Alcobaça, c’est parti pour le peep-show d’une façade baroque aux tours scintillantes sous le poignard du cagnard. Le vent transporte scories et pollens. On en prend plein les iris […] les premières rigoles de sueur paluchent les omoplates.

À l’Abbaye Santa Maria da Vitoria de Batalha, dégustation gratuite d’une platée de gothique rayonnant en profusion de pinacles, galbes, arcs boutants ; chapelles inachevées. Le dessert est servi sur le plateau du cloître royal où une rosace sirote un pastis au jaune décoloré par le filtre du verre, tel un sucre d’orge impossible à sucer jeté sur la pierre.

Les yeux s’habillent de ruelles en lacis, pavés, voûté, dégradés de rose, chats en maraude, linges suspendus, perspectives fuyantes.

Comme des ados, le père et le fils, roulent en musique, campent, choisissent leur itinéraire, s’étonnent, se marrent, boivent, mangent, et dieu sait si la bouffe portugaise réserve de surprises, partagent du bonheur et nous lecteurs, on le ressent ! On lit en souriant et on se dit à la fin du voyage, que ça fait du bien un petit plat-livre comme ça !

En sub-prime, on se régale de l’effroi du couple de touristes belges à la table d’à côté à la vue du céphalopode révulsé par le feu vif dont l’encre à demi figée – qui n’est pas celle de tes yeux – noircit l’assiette.  […] C’est bon à se goinfrer.
Je dirai même plus, on se délecte.

Sylvie Lansade 
(10/10/22)    



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Tarmac

(Janvier 2022)
50 pages - 12



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