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Fabrice CARO

Samouraï



« Cette semaine-là, à quelques jours d'intervalle, mon meilleur ami d'enfance s'est suicidé, Lisa m'a quitté et on annonçait qu'une météorite allait frôler la Terre. » Avec un incipit pareil on comprend qu’Alan Cuartero n’est pas beaucoup plus joyeux et sûr de lui que les narrateurs des trois romans précédents. Fabrice Caro sait à merveille nous faire accompagner des anti-héros qui ont le sentiment d’être incompris et que le monde entier se ligue contre eux.
Ici encore tout allait plutôt bien pour Alan qui vivait une belle histoire d’amour avec Lisa et avait réussi à faire publier son premier roman.  Mais la belle mécanique s’est enrayée…
Lisa a décrété qu’il n’y avait plus assez de passion entre eux et elle est partie avec un universitaire spécialiste de Ronsard.
Elle trouvait le livre d’Alan trop léger et lui avait dit : « Tu veux pas écrire un roman sérieux ? »
« Et cette phrase avait fini de m’achever. »
Heureusement, les héros de Fabrice Caro ne sont pas suicidaires et lorsqu’ils pensent toucher le fond, ils y prennent appui pour remonter. Toujours plus fort, toujours plus haut !

C’est décidé, Alan va écrire un roman sérieux et reconquérir une Lisa confuse de s’être autant trompée sur lui.
« Je vais plonger dans l'écriture avec l'acharne­ment et la concentration d'un guerrier samouraï, un chemin dont rien ne m'écartera, je vais m'astreindre à un rythme strict et physique, dix mille signes par jour, guidé par l'écriture et elle seule, ne vivre et ne penser que par elle, chacun de mes gestes tendu vers un seul et unique but, le livre. »
C’est décidé, il n’y a plus qu’à s’y mettre… et c’est l’enjeu des deux cents pages de ce roman émouvant et plein d’humour.

Il faut dire que les conditions sont optimales. Ce sont les vacances, il va pouvoir s’y consacrer à plein temps et ses voisins qui partent en Grèce pour quinze jours lui demandent s’il pourrait surveiller leur piscine.
« Pendant qu'il m'explique le principe de pompe et de circulation de l'eau, je jette un œil à leur immense terrasse faite de dalles jaunes lumineuses sur laquelle, à l'ombre d'un store orangé, trône une table en bois massive, et je m'imagine aussitôt venir m'installer là tous les jours pour y écrire mon roman, j'y serais bien mieux que dans mon appartement encore chargé de la présence lourde de Lisa. Je me visualise attablé sous le store, devant mon ordinateur, cintré dans un peignoir brodé de mes initiales, un thé à la menthe dans la main, une cigarette dans l'autre, le regard tendu vers l'œuvre. À l'instar des enfants qui se targuent d'avoir des chaussures qui courent vite, il me semble que cette terrasse pourrait écrire quelque chose de qualité. »

Très vite, il le sent bien ce « roman sérieux ». Il lui suffit de penser à son grand-père…
« Et soudain l'épiphanie, l'illumination, l'évidence, mes grands-parents, mon papé militant communiste espagnol, voilà un sujet fort, je vais écrire un roman sur mes grands-parents arrivés en France pour échapper à Franco, un livre somme, un livre fleuve, huit cents pages traversées d'un souffle épique qui va tout embrasser (C'est le Cent ans de solitude du vingt et unième siècle dira Jérôme Garcin dans Le masque et la plume, ce que confirmeront à l'unanimité les chroniqueurs autour de la table). » Les interviews par Claire Chazal donnent lieu aussi à quelques belles pages mais comment parler de morceaux d’anthologie quand on a ce sentiment à chaque chapitre.

On n’a pas le temps de s’ennuyer avec Fabrice Caro, il se passe toujours quelque chose de nouveau, qu’il s’agisse des amis qui veulent absolument lui présenter de nouvelles conquêtes ou de la piscine dont l’eau a du mal à rester limpide…
Pas facile de se concentrer sur son œuvre quand autour de lui la vie s’acharne à lui trouver des occupations.

Ce quatrième roman est un nouveau régal à ne pas manquer. Et quand on a lu les romans (les trois premiers ont paru en poche), on peut se tourner vers les bandes dessinées de Fabcaro ou le roman-photo qu’il vient de publier avec le comédien Éric Judor. Partout et toujours, cet humour tendre et décalé qu’il manie avec tant d’habileté.  Chapeau l’artiste !

Serge Cabrol 
(16/05/22)    



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Lectures







Fabrice CARO, Samouraï
Gallimard

Collection Sygne
(Mai 2022)
224 pages - 18

Version numérique
12,99







Fabrice Caro,
né à Montpellier en 1973,
a écrit et dessiné une trentaine de bandes dessinées. Samouraï est
son quatrième roman.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia



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son précédent roman :


Broadway