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Soufiane CHAKKOUCHE


L’Inspecteur Dalil à Beyrouth


C’est un vrai plaisir de retrouver cet inspecteur atypique, à l’humour particulier et toujours accompagné de cette « Petite voix » intérieure. Celle-ci s’exprime avec opportunité, tout en laissant pointer son ironie, et à l’occasion peut devenir sonore et s’exprimer par la bouche de notre inspecteur ! Dans le précédent roman intitulé L’inspecteur Dalil à Paris nous avions osé comparer cette « voix » à « Jiminy Cricket » car, comme lui, elle complète, freine ou influence avec sagacité, et discute les actes de l’enquêteur…

Bien que déjà à la retraite, Dalil se voit ici, confier une mission classée « secret défense » et il ne peut la refuser. Officiellement il sera donc à Beyrouth pour essayer de trouver l’auteur de l’assassinat d’une jeune chanteuse marocaine. Ce qui est une manière officielle et visible de ne pas montrer qu’il s’agit de parvenir, en fait, à localiser les missiles iraniens détenus par le Hezbollah sur le territoire libanais ! « Allons, inspecteur ne faites pas votre modeste ! Vous oubliez votre formation chez le Mossad en 1989, rappela le ministre en ventilant de la main droite le voile de fumée qui se déhanchait devant lui. Vous oubliez qu’on vous doit l’arrestation de l’espion algérien Mahmoud Ouel Kheyi, ajouta-t-il lorsqu’il eut distingué le visage fin du fumeur au-dessus duquel abondaient de beaux cheveux gris rares chez les soixantenaires ».

L’inspecteur va devoir ainsi rencontrer son contact sur place, la fameuse « Chatte », Nabila l’Egyptienne agent des services secrets marocains. Et de nous faire vivre alors des aventures avec un suspense entretenu. Par ailleurs il « embauche » comme guide le petit Rafik, un jeune réfugié syrien. Qui a son tour est enlevé …

Malgré les épisodes difficiles pour les acteurs de ce suspense, l’auteur semble ne pas pouvoir s’empêcher de nous faire participer à ses jeux de mots, comme à ses réflexions – à lui ou à sa Petite voix – pleines de cet humour particulier. Même si ces réflexions peuvent paraître inopportunes à certains lecteurs qui s’attachent davantage au suspense, en voulant voir avancer l’histoire plus vite. De nouveaux personnages apparaissent qui ne manquent pas de susciter les remarques judicieuses de la fameuse « Petite voix » ou de son propriétaire : Puisqu’elle n’oublie pas d’être « jalouse comme une femelle babouin » lorsque s’approche « un quart de siècle fourré dans une robe fourreau foncée et nouée à la taille de façon à souligner un corps impoli, une poitrine arrogante, une chute de reins vertigineuse et un derrière probablement galbé. L’audace stoppait net au niveau des genoux, laissant apparaître des mollets élancés, sculptés par les sollicitations courantes de tels escarpins. »
Si le style et les images sollicitées ou même précisées, peuvent distraire certains lecteurs de l’intrigue, celle-ci demeure. Et reste bien ce fil conducteur à découvrir. Mais c’est particulièrement la forme de ce nouveau roman qui accroche, amuse et intéresse aussi ! « Plus rouges que ceux d’un fumeur de hachich présentant les symptômes d’un glaucome, les yeux du bourreau étaient injectés de sang et prêts à s’extraire de leurs orbites. »

Bien que confronté à une collègue peut-être manipulatrice, Dalil se laisse convaincre et « remplit ensuite ses poumons de cet arôme érotique qui rôdait dans la chambre puis alla dans la salle de bains et prit son plaisir en main afin de ne point se coucher sur sa faim » 
L’histoire continue, se complique, Dalil est obligé d’avoir recours à ses propres stratagèmes, et son intelligence en alerte va s’activer.

Nous ne savons toujours pas ce que nous préférons : les jeux de mots, ou les sonorités complices, « Un moustachu maigre, aigri et gris des cheveux qui plus est », les comparaisons hardies ou le ton enlevé, mais le plaisir de la lecture est bien là qui ne se boude pas !!!

Donc un livre qui se lit avec plaisir mais qui « s’écoute aussi » car les sons s’entendent pour compléter la lecture d’une bien agréable manière…
Au hasard : « Son regard se posa d’abord sur une petite mouche sortie de nulle part et qui s’était immobilisée sur son doigt, attirée probablement par la bouffe et la flatulence. L’immonde créature se frottant les pattes antérieures comme l’eût fait avec les mains un homme comblé avant de se repaître d’un mets ou de commettre un délicieux délit. »

Anne-Marie Boisson 
(20/10/22)    



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Noir & polar








Editions Jigal
(Septembre 2022)
216 pages - 18,50











Soufiane Chakkouche,

né en 1977, a publié un premier roman au Maroc en 2013, L'Inspecteur
Dalil à Casablanca.








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son précédent roman


L’Inspecteur Dalil
à Paris

(Jigal, 2019)