Retour à l'accueil du site





Maurizio DE GIOVANNI


Nocturne pour le commissaire Ricciardi


Quel plaisir et quelle émotion de tenir entre ses mains un nouveau volume des enquêtes du commissaire Ricciardi. Quand on en a déjà lu un, on sait qu’on va se replonger dans un univers très particulier qui constitue l’ADN de la série : l’époque, l’atmosphère, les personnages…
L’époque, c’est le début des année 30 à Naples, la montée du fascisme, Mussolini au pouvoir depuis 1922…
L’atmosphère est très liée à la saison pendant laquelle se déroule l’intrigue : le renouveau printanier, la chaleur estivale, les pluies et le vent d’automne, la neige et le froid d’hiver, qui donnent leur tonalité aux errances dans les rues napolitaines.
Et puis les personnages, bien sûr, et en premier lieu le commissaire Luigi Alfredo Ricciardi baron de Malomonte, et le douloureux secret de ce don hérité de sa mère : voir les corps des victimes d’une mort violente et entendre leur dernière pensée. Impossible de se promener dans une rue sans être confronté à ce pénible phénomène. Cette lourde charge qui assombrit en permanence son esprit l’empêche de vivre une sereine relation amoureuse parce qu’il est terrorisé à l’idée de transmettre à son tour son insupportable « don » à une éventuelle descendance. Les femmes sont pourtant nombreuses à soupirer devant son beau regard vert et son apparente solidité sans soupçonner cette faille qui le mine intérieurement.

L’intrigue de ce « Nocturne » trouve ses racines quinze ans plus tôt, pendant la première guerre mondiale. Cettina, 15 ans, était amoureuse de Vincenzo, 17 ans, mais leurs origines sociales étaient trop différentes pour envisager un avenir commun. Le père de Cettina était un riche marchand de tissus alors que Vincenzo déchargeait des wagons ou des bateaux. « Il lui disait qu’il irait trouver son père dès qu’il aurait les moyens de lui offrir la vie qu’elle avait maintenant. » Pour faire fortune et pour échapper à la guerre, il a choisi l’Amérique.

Après une éprouvante traversée de l’Atlantique, il a débarqué à New-York et rapidement trouvé des petits boulots pour survivre. « Le matin à l'aube, il allait au port pour décharger des marchandises. À midi, il lavait les assiettes dans un restaurant. Le soir, il faisait le ménage dans un gymnase. Des travaux d'Italiens, fournis par des Italiens avec une paye d'Italiens. »
Ce n’est pas sur le port ou au restaurant qu’il a fait fortune mais grâce à la salle de sport. Un soir, on lui a demandé de monter sur le ring et de servir de « mannequin » pour aider un boxeur à travailler ses déplacements. Vincenzo n’a pas pu s’empêcher de répondre aux coups et il a mis K.O. l’apprenti champion. Il pensait perdre son boulot mais c’était en fait le début d’une brillante carrière. Les années ont passé, il a gagné beaucoup de titres et d’argent et en 1932, il revient à Naples.

Mais Cettina n’a pas attendu. Elle a épousé Irace Constantino qui s’est associé au père pour développer le magasin de tissus. Et voilà qu’au moment où le champion rentre au pays, le mari de Cettina est assassiné ! L’affaire semble claire, d’autant plus que le boxeur n’a pas d’alibi…

Mais pour le commissaire Ricciardi, les évidences sont trop souvent trompeuses. Avec l’aide de son adjoint le brigadier Maione, un personnage récurrent qui a de son côté une affaire personnelle à régler, il va s’intéresser de plus près au passé et au présent de cette famille napolitaine.
On peut tuer par amour, par jalousie, par vengeance ou pour de l’argent mais parfois tout se mélange et l’enquête est difficile.

C’est tout un univers que Maurizio De Giovanni a créé au fil de cette série, et une fois encore on accompagne tous les personnages qui gravitent autour du commissaire, notamment les trois femmes qui sont amoureuses de lui, mais aussi ceux qui gravitent autour de Maione dont l’ineffable travesti, Bambinella, qui lui sert d’indicateur mais a besoin ici du brigadier pour sauver la vie de son amant. Maione, marié, père de famille et catholique convaincu, a du mal à comprendre la relation amicale et secrète qu’il entretient malgré lui avec l’excentrique Bambinella. Dans chaque volume, leurs rencontres sont toujours des chapitres très attendus.

Et puis, telle une araignée dans sa toile, il y a toujours le Duce à Rome dont l’ombre vient, d’une manière ou d’une autre, obscurcir le ciel napolitain. Ici, on voit que Mussolini a suivi avec plaisir et fierté la montée en puissance en Amérique d’un boxeur italien mais quand le champion raccroche les gants pour rentrer au pays, il devient un lâche, il tombe en disgrâce et il n’est jamais bon de décevoir le dirigeant fasciste.

Plusieurs intrigues s’imbriquent mais, pas d’inquiétude, le commissaire Ricciardi est suffisamment patient, déterminé et perspicace pour démêler l’écheveau et apporter la lumière dans les affaires les plus ténébreuses. On sort toujours d’une enquête avec un peu de nostalgie et de regret en attendant avec impatience le volume suivant…

Serge Cabrol 
(14/11/22)    



Retour
Sommaire
Noir & polar








Rivages / Noir

(Octobre 2022)
384 pages - 22

Version numérique
16,99

Traduit de l'italien par
Odile ROUSSEAU






Maurizio De Giovanni,
né à Naples en 1958, ancien banquier devenu écrivain, a obtenu de nombreux prix et, en marge de ses romans policiers, a publié plusieurs livres sur l’équipe de football de Naples dont il est supporter



Bio-bibliographie
sur Wikipédia






Découvrir sur notre site
d'autres aventures
du commissaire Ricciardi :


L'automne du
Commissaire Ricciardi



Le Noël du
commissaire Ricciardi