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Pauline DELABROY-ALLARD

Qui sait



C’était un jour où il avait neigé sur Paris. « Un jour blanc » écrit Pauline Delabroy-Allard par le biais de sa narratrice, une Pauline aussi. Est-ce elle, l’auteure, ou est-ce un personnage ? On l’ignore et cela n’a aucune importance. Ce qui compte est que ce jour-là, ce jour blanc, une enfant vint au monde pour en sortir aussitôt.
Comment survivre à cette mort ? On le sait ou on le devine : il n’y a d’autre solution que de faire son deuil. Et c’est ce que va faire la narratrice.
Un nouveau livre sur le deuil, alors ? Pas tout à fait. Pauline Delabroy-Allard est plus subtile ou plus complexe que cela. À ce deuil, elle mêle une quête d’identité : qui est cette femme qui a mis au monde une fillette comme sa mère, sa grand-mère et son arrière grand-mère avant elle ? Qui est cette femme issue de femmes dont elle ne sait rien ou si peu puisque, dans sa famille, on ne parle pas.
Et pourtant.
Pourtant Pauline a bien des prénoms en plus du sien, comme si on avait voulu lui donner des vies en héritage. Trois autres prénoms, dont un masculin. D’où viennent-ils, ces prénoms ? De qui ou de quoi Pauline a-t-elle hérité ? C’est ce besoin-là que réveille le deuil : si elle a perdu son enfant, qu’elle sache au moins d’où, elle, elle vient.
Quatre prénoms, donc un roman en quatre parties, une pour chacun. Pour chacun d’eux, l’enquête est différente et donne des tonalités diverses au livre. Des tonalités mais surtout des richesses car chaque quête est puissante, vibrante, profondément humaine. En tant que lecteur, on se projette, on est en empathie. On est cette femme qui part à l’aventure d’elle-même.
Ces parties distinctes ont un trait d’union bien sûr, qui est la voix de l’auteure, sa patte, cette manière qu’elle a d’écrire dans une langue totalement incarnée. Lisant, on se surprend à bavarder avec la narratrice, à être son amie, sa confidente. Pauline Delabroy-Allard a réellement ce talent-là : créer une connivence avec ses lecteurs.
Il faut dire aussi que Pauline est terriblement attachante. Entre ses petites folies, ses silences, sa douleur et ses humeurs, elle émeut au plus profond. Ne parlons pas du chat Tutu, un personnage à lui seul qui fera fondre le cœur de n’importe qui.
Un roman généreux en somme. Un roman qui fait du bien, qui va vers la réconciliation d’un être avec lui-même. Qui sait, le titre, ne porte d’ailleurs pas de point d’interrogation. C’est dire qu’à un moment on finit toujours par savoir. Et ce jour-là, on peut dire « je suis ». On peut se nommer.

Isabelle Rossignol 
(05/10/22)    



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Pauline DELABROY-ALLARD, Qui sait
Gallimard

(Août 2022)
208 pages - 19,50

Version numérique
13,99




Pauline
Delabroy-Allard

Qui sait est
son deuxième roman.



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