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Christine FÉRET-FLEURY


Le pays aux longs nuages


Trois femmes se retrouvent dans un restaurant, l’osteria italienne de Nebbe, femme âgée en fauteuil roulant qui depuis longtemps ne peut plus s’en occuper. Trois parcours de vie douloureux que nous découvrons peu à peu en alternance. Celui d’Atia, passionnée de cuisine, qui se retrouve à la rue car le restaurant de Naples, qu’elle pensait pouvoir gérer quand son patron macho et très dur est parti avec la caisse, a été repris par des promoteurs. Elle part en voiture et s’arrête sur une place. Dans une poubelle, elle découvre des lettres et un livre de recettes qui la mène vers Palazzo et l’osteria de Nebbe qui est bien seule et s’est fermée au bonheur par peur de le perdre.

Kamar a fui la guerre en Syrie avec sa fille Hana. Elle vit de terribles moments pour s’échapper de cet enfer. Nous la suivons dans ce long périple pour quitter le pays avec d’autres migrants. Les horreurs de la guerre la hantent, les atrocités, les disparitions, les morts dont celle de son mari. Elle vit aussi les risques des camps de réfugiés :
« Ces mots, les femmes les mâchent toute la journée. Ils sifflent dans mon dos, à mes oreilles, ils obstruent ma gorge. J'ai peur. J'ai peur des regards, des silhouettes qui se déplacent à la limite de mon champ de vision, et même l'obscurité est grosse de menaces. Aucun repos, ni jour ni nuit, jamais. Cette terre où nous nous sommes échouées est plus dangereuse que la mer.
Ne pas sortir seule.
Couchée tout contre ma fille, pour ne pas m'endormir je me récite des recettes, toutes celles dont je me souviens. Basboussa, le goût des pistaches concassées, la semoule moelleuse, kebbe à l'aubergine, keshke aux noix et à la menthe fraîche, gombos à la tomate assaisonnés de b'har, le poivre d'Alep, mhallabiyé décoré de fruits secs, houmous de betteraves, courgettes farcies au yaourt. Dans l'obscurité, mes mains se souviennent, elles aussi, se referment sur un pilon ou le manche d'un couteau, hachent et tranchent, épluchent, se posent sur le flanc du moulin, montent vers mon visage. Cannelle, piment, muscade, herbes fraîches. Hana aimait respirer les parfums qui restaient sur la pulpe de mes doigts quand je cuisinais. Je lui apprenais à les distinguer. J'aimerais tant pouvoir continuer ces leçons-là. Les couleurs, les saveurs, les odeurs. La vie. »

Faire renaître l’osteria sera leur objectif commun. La cuisine réunira ces trois femmes pour offrir du bonheur aux autres tout en tentant de se reconstruire elles-mêmes. C’est une belle façon de s’exiler de son malheur.

Le deuil, les aléas de la vie de famille avec ses bonheurs et ses joies, le destin et le hasard, réunissent trois parcours de femmes, quatre avec la petite Hana, femme en devenir, qui a déjà vécu beaucoup de drames mais retrouve la joie dans une ambiance chaleureuse et emplie d’espoirs.
Un beau roman sur les possibilités de reconstruction, sur le hasard qui n’en est pas toujours un et ouvre sur d’extraordinaires surprises.

Brigitte Aubonnet 
(04/07/22)    



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Lectures









La belle étoile

(Avril 2022)
240 pages - 19,90




Christine Féret-Fleury
a publié plusieurs dizaines de livres, pour les adultes et pour la jeunesse.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia


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