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Matthieu GOUNELLE

Un ciel de pierres
Voyage en Atacama


Quand l’homme de sciences se fait poète, il nous offre les clés de compréhension des phénomènes qui échappent au regard profane, il emmène le lecteur dans l’immensité des paysages, il partage son savoir cosmique. Car c’est bien de cosmos dont il est question à travers la recherche de météorites dans le désert d’Atacama dont l’aridité du sol et du climat permet la conservation mieux que dans aucune autre région du monde. « …là où les pierres tombées du ciel demeurent, sans que le temps qui passe ne les enlève à notre désir. »
Même si Matthieu Gounelle est un spécialiste des météorites – au point qu’un astéroïde porte son nom – tout l’intéresse : les éclats de silex taillés par les lointains premiers occupants, les Indiens Changos, les mines de cuivre et d’argent qui affleurent de toutes parts et qui ont fait la fortune des compagnies minières et la misère des mineurs, les peintures rupestres vieilles de trois mille ans représentant des otaries, des requins, des tortues et une scène de pêche à la baleine.

Sous sa plume, le désert devient un organisme vivant. Le salpêtre, « dissimulé sous la terre comme l’écume d’une mer secrète […] a assuré la fortune des impérialistes accourus du bout du monde retourner la chair du désert. » Ce salpêtre, généralement caché sous la surface du désert, affleure à proximité des mines abandonnées, « exposé comme un viscère qu’une lame aurait arraché », « les mines, implacables béances ouvertes dans la Terre par l’avidité des hommes. »

Pendant la dictature de Pinochet, on se souvient que les militaires faisaient disparaître les corps des opposants dans le désert d’Atacama. « …leurs os ont été broyés, réduits en poussière […] pour satisfaire au plus fervent désir des bourreaux : anéantir leurs victimes, c’est-à-dire littéralement les réduire à néant. »
Les fantômes des opposants à la dictature, comme ceux des mineurs Changos au sort misérable se mêlent à cette quête des météorites. Et d’ailleurs, pourquoi les astrophysiciens examinent avec une telle passion ces cailloux tombés du ciel ? Parce qu’elles contiennent des minéraux rares : diamants, corindons, carbures de silicium dont la composition indique qu’ils proviennent d’autres étoiles, quand, sur le point de mourir, elles exhalent de leurs derniers souffles de microscopiques gemmes. Car les étoiles sont des alchimistes dont les trésors sont cachés dans les météorites.
 
Le désert a un autre pouvoir sur les hommes, celui de la réminiscence, « il recueille pieusement ce qu’on entend de soi quand on marche », nos souvenirs, nos émotions, « tout un bruit intérieur, assourdissant. » Les mots prononcés à voix basse sous le firmament retrouvent d’autres mots prononcés ailleurs. Le passé de l’auteur resurgit avec une force nouvelle, celle du désert qui met tout à nu.

Les dessins de Frédéric Pajak dialoguent avec le texte de façon discrète et sensible. On y retrouve le silence du désert, la lumière du soleil par les noirs et les blancs très tranchés qui écrasent toute vie, tout relief.
Ceux qui ont aimé le beau documentaire de Patricio Guzmán, Nostalgie de la lumière, retrouveront dans ce livre ce souffle où terre et ciel se mêlent, passé et futur s’entrechoquent.

Nadine Dutier 
(13/04/22)    



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Lectures









Matthieu GOUNELLE,  Un ciel de pierres
Gallimard

Le sentiment géographique
(Février 2022)
128 pages - 14,50




Dessins de
Frédéric PAJAK







Matthieu Gounelle,
astrophysicien, professeur au Muséum National d'Histoire Naturelle et responsable de la collection nationale de météorites du Muséum, est l’auteur de nombreux ouvrages dont Les météorites dans la collection Que sais-je ?


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