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Catherine GUENNEC

La sarabande des Nanas
selon Niki de Saint Phalle


Ah ce sont de sacrées Nanas ! On n’était pas prêts de les oublier mais, au cas où, la collection « Le roman d’un chef d’œuvre » a eu envie de nous le rappeler : les Nanas de Niki de Saint Phalle, ah quelles femmes ! Leurs formes, leurs couleurs, leur joie. Leur message surtout. Car ce qu’elles désignent sous leurs airs heureux et dansants est l’artiste elle-même, une artiste qui, si elle n’était pas directement inscrite dans le féminisme, a travaillé dur pour nous montrer la féminité dans tous ses états… et le tragique n’est jamais loin dès lors qu’il s’agit de Niki.
On le sait en effet par Mon secret, le livre confidence qu’elle a fini par écrire, elle a été abusée par son père à l’adolescence. Ce drame, qu’elle a longtemps refoulé, lui a valu des mois d’internement, où elle a subi des électrochocs et autres traitements barbares de l’époque. Elle était alors mariée à Harry Mathews, avec lequel elle aura deux enfants. C’était une période sombre, mais finalement pas plus sombre que les autres puisque Niki de Saint Phalle aura bien d’autres déboires dans son existence. Elle le pressent très tôt d’ailleurs. Elle sait que sa vie ne sera pas du velours.
Donc elle se met à peindre. À tirer à bout portant sur des toiles. Puis elle se met à modeler, à sculpter. Toujours plus haut, toujours plus grand, on n’arrête plus Niki qui a enfin trouvé sa voie. Bien sûr, Jean Tinguely qu’elle vient de rencontrer n’y est pas pour rien. Avec lui, elle laisse libre cours à sa fantaisie et ouvre les portes de tous ces mondes en elle qui la bousculent. Elle se laisse être cette nana qu’elle décline en versions multiples et qui ne sont que des variations d’elle-même.
Tout cela, Catherine Guennec le raconte sous une forme mi-biographique mi-romancée. C’est le propre de la collection « Le roman d’un chef d’œuvre », dont le principe est de mêler récit romanesque et enquête historique. Chaque auteur et autrice y est invité.e à s’emparer d’une œuvre célèbre pour en reconstituer la genèse et, ce faisant, narrer la vie de son créateur ou de sa créatrice. Le lien qui s’opère entre une vie et une œuvre est toujours riche d’enseignement pour l’œuvre en soi et c’est le cas dans ce livre-ci, où l’on entend parler Niki mais aussi… Nana. Oui sa gouvernante, avec laquelle elle n’a jamais coupé les ponts, était appelée ainsi par Niki et son frère, alors qui sait si elle n’est pas la Nana originelle ? Mais on entend également la voix du psychiatre qui a suivi Niki. Peut-être est-ce grâce à lui qu’elle a accepté d’écrire sur l’inceste ? Il le suppose, s’en vante un peu.
Lire La sarabande des Nanas selon Niki de Saint Phalle, c’est, on le voit, plonger au cœur de ces êtres qui ont jalonné la vie de l’artiste et qui, forcément, l’ont façonnée à leur manière.
Un livre d’art à ne pas manquer. Qui se lit aussi agréablement qu’un bon roman.

Isabelle Rossignol 
(16/09/22)    



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Lectures










Ateliers Henry Dougier

(Août 2022)
136 pages - 12,90







Catherine Guennec
a publié une vingtaine d’ouvrages : des romans
et des dictionnaires érudits
et amusants sur la langue française.