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Raphaël GUILLET


Doux comme le silence


Un jeu du chat et de la souris dans la ville de Lausanne entre un tueur en série et une jeune inspectrice de police. Alternant les points de vue, l’auteur nous fait partager les pensées de l’un et de l’autre.

Victor Morand ne supporte pas les gens qui tiennent des conversations à voix haute avec leur téléphone portable. « Comment pouvait-on causer si fort en public et ignorer les autres à ce point ? Aujourd'hui, les forfaits sont illimités et la bêtise infinie. »
Heureusement il a dans sa poche un pistolet avec un silencieux qui lui permet de mettre fin discrètement aux bavardages inutiles et pénibles.

Alice Ginier, dès les premières pages, est témoin de la mort d’une jeune femme qui s’effondre sur le quai du métro. Elle se précipite vers elle et pense d’abord à un malaise mais une tache rouge sur le sweat lève toute ambiguïté.  « Elle fit basculer délicatement le corps inerte de la jeune femme et souleva ses habits. Ce n'était pas un malaise mais un crime. L'orifice d'entrée de la balle était bien visible sous l'omoplate. »

Dans la foule qui occupait le quai, personne n’a rien remarqué, ni entendu. La jeune femme s’est écroulée en silence sans que quiconque comprenne ce qui venait de se passer.
Alice, jeune inspectrice affectée à la brigade criminelle de la PJ de Lausanne, demande à travailler avec l’équipe chargée de l’enquête.

D’autres assassinats ressemblant étrangement à celui du métro vont se produire mais pour Alice et son équipe impossible d’établir un lien entre les victimes.  Des hommes, des femmes et même un chien… Comment établir le profil d’un tueur quand il semble tuer au hasard des gens qui n’ont aucun rapport les uns avec les autres.

De chapitre en chapitre, nous apprenons à mieux connaître le meurtrier et l’enquêtrice. Le lecteur a le plaisir de savoir ainsi ce que chacun ignore sur l’autre et comment la distance va peu à peu se resserrer entre aux. L’enquête avance et le tueur l’aide à progresser.

Victor est un homme solitaire, professeur d’histoire à la retraite, veuf sans enfant, qui fait une fixation sur le bruit en général et les conversations publiques en particulier. Pourquoi ? Alice le comprendra plus tard. Pour lui, c’est une véritable croisade. Parfois la bêtise humaine relayée par les journaux peut lui arracher un sourire comme cet entrefilet : « Quatre femmes portent plainte contre X après avoir montré leurs seins nus à la fenêtre. On leur avait promis une mammographie par satellite. »  Mais en général ce n’est pas le cas et la présentation de ses actes dans la presse le rend furieux. « Victor se plongea dans la lecture et se demanda de quel asile psychiatrique la journaliste Noémie Clément, qui signait l'article, venait de s'échapper. Elle interrogeait plusieurs usagers sur le danger des transports publics et donnait la parole à un expert en matière de sécurité qui pérorait sur la "nouvelle guérilla urbaine" entre deux bandes de trafiquants de drogue maghrébins suite au printemps arabe. » Il faut absolument qu’il trouve un moyen de faire comprendre et partager le sens de son combat.

Alice pour sa part se démène comme elle peut pour avancer dans cette enquête où les crimes se succèdent et les indices sont rares : une photo floue d’après une caméra de surveillance du métro, quelques phrases enregistrées par un téléphone portable… Avec ça, difficile d’identifier un tueur caché dans la population de Lausanne. Savoir ce qui relie les meurtres entre eux sera une aide précieuse mais ne fournit pas l’identité du coupable.
Pour se détendre et se resourcer, Alice va se promener en montagne et emmène le lecteur dans ses excursions sur les lieux de son enfance, ce sont des moments de respiration dans le roman d’autant plus que ce goût pour la randonnée est partagé par Victor.

Le chat policier attrapera-t-il la souris phonophobique ? Suspense… À moins que ce ne soit l’inverse parce que le tueur fait plutôt penser à un matou aux griffes et aux dents bien affûtées tandis que l’enquêtrice a des allures de souris des villes et des champs se faufilant partout en suivant son instinct. Quoi qu’il en soit, le roman est passionnant et nous accompagnons ces deux personnages avec beaucoup de plaisir et d’intérêt. C’est le premier roman d’un journaliste-reporter, espérons qu’il y en aura d’autres aussi convaincants.

Serge Cabrol 
(01/02/22)    



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Noir & polar







Raphaël GUILLET, Doux comme le silence
Favre

(Novembre 2021)
256 pages - 16










Raphaël Guillet
est journaliste-reporter à la Radio Télévision Suisse. Doux comme le silence
est son premier roman.