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Franck MAUBERT


Histoires naturelles



Les campagnes et les forêts sont peuplées d’innombrables êtres vivants pour qui sait les voir et les entendre. Franck Maubert est de ceux-là ; il devine les oiseaux cachés dans les haies, il remarque les traces de sabot dans la boue des chemins, il ressent la présence des insectes et de tout ce qui frétille sous les herbes. « La Terre n’est jamais muette, je l’entends bourdonner au creux de ses anfractuosités, elle s’agite. Tout paraît si calme, mais non tout frissonne sous les pierres, tout ondule dans les rameaux dénudés, aussi sous les eaux intranquilles. » 
Pour qui sait observer, le même chemin offre des paysages chaque fois différents ; succession des fleurs, modifications des chants et des comportements des oiseaux.

Franck Maubert connaît les champignons, leur beauté, leurs couleurs, leur saveur, leurs formes si différentes et s’amuse des noms suggestifs que les hommes leur ont donnés.
« J’apprécie encore les champignons pour leurs architectures inattendues et leurs formes en trompette, entonnoir, corolle, ruban, flocons, œuf, oreille, dentelle, guenille, coquillage, plume, pilon. Tous posent des énigmes de beauté. »

Pour les roses, il nous offre un feu d’artifice de couleur et de sensualité. 
« Des buissons s’étalent, denses, de l’ombre nacrée de fleurs gorgées de pétales. Les branchages se serrent et de petites ailes palpitent, pétales délacés, une soie charnue s’alanguit en voluptueux tourbillons, une ardeur vibre, s’enflamme d’un ténébreux rouge. »         

Les habitants de la rivière n’ont pas plus de secret pour l’auteur. Il sait tout de la physiologie des poissons, leur anatomie, leur migration. Généreux, il donne sa recette du brochet au beurre blanc.

Au détour des chemins, il croise parfois des hommes, « des paumés, des laissés-pour-compte. Des vies de l’abîme. Naufragés d’un nouveau monde, ils s’étaient résignés à vivre comme des hommes des cavernes, réfugiés dans leur terrier»

Dans son style poétique, Franck Maubert use de l’oxymore et d’associations de mots qui s’entrechoquent ; « l’immensité de l’infiniment petit », « le chemin élargit le monde », « vieux gamin », « la sève de l’âme ».
Il s’amuse aussi à user du vocabulaire d’une modalité sensorielle pour mieux en évoquer une autre : « les fragrances qui sifflent », « des pas comme des calmants » (sur le tapis de feuilles), « la forêt n’est que chants touffus ».

La plénitude qu’il ressent devant la perfection de la beauté éphémère des papillons est contagieuse. « Leur splendeur m’accablait et je ne savais que faire de toutes les émotions et de la plénitude qu’ils me procuraient […]. Désormais, tous ces fantastiques papillons demeurent dans l’ombre de mes souvenirs. »

Frank Maubert est entré en résonance avec la forêt et la beauté de ses descriptions est à la hauteur de son émerveillement. Un livre à déguster sans modération.

Nadine Dutier 
(03/02/22)    



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Lectures










Franck MAUBERT, Histoires naturelles
Mercure de France

(Février 2022)
160 pages - 14,50








Frank Maubert,
né en 1955, critique d'art, essayiste et romancier,
a publié de nombreux ouvrages et obtenu le prix Renaudot de l’essai.


Bio-bibliographie
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