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Vincent MONDIOT & Énora SABY


Émergence 7

Ce roman magnifiquement illustré est à la fois nostalgique, fantastique et tragique. Une tragédie dont le héros et narrateur, vingt ans après, n’a pas pu refermer les plaies. Pendant vingt ans, Léon n’a pas remis les pieds sur l’île bretonne où il a grandi. Et pendant vingt ans, les cauchemars de la tragédie ne l’ont pas quitté. C’est pour visiter le mémorial en souvenir des victimes que Léon et d’autres survivants font le voyage.

Quand le bateau accoste, Léon se revoit à quatorze ans. Lui et ses camarades attendent le bateau qui franchit comme chaque matin les deux kilomètres qui séparent l’île du continent pour rejoindre le collège. Ce matin-là, Léon doit annoncer à ses amis que sa famille va déménager à la fin de l’année scolaire et qu’ils ne se verront plus. Mais il se sent incapable de leur avouer.
« Peut-être que je n’avais pas envie de leur dire au revoir. Cette ville c’était tout ce que je connaissais. Ces gens, les seuls véritables amis que j’avais jamais eus. »

Le meilleur ami de Léon est Joachim. Ils ont en commun la passion des jeux vidéo, des comics et des mangas. Ensemble ils écrivent une bande dessinée, « Marshall Atlas ». Joachim est affublé d’une tonne de TOC et obsessions mais c’est un merveilleux ami. La sœur de Joachim est Romane, d’un an leur aînée, elle les méprise comme des bébés. La mascotte du groupe est Lina, onze ans, future championne de surf. Il y a aussi Priscille et Elliott qui a le coup de poing facile, tous deux du même âge que Léon et Joachim. Et puis Alex, la fille que Léon aime en secret.

Alors que le bateau approche de l’île, la terre se met à trembler.
« En un instant, nous étions passés d’une insouciance ordinaire, à peine voilée par la peur du contrôle de maths à venir, à la plus grande panique de nos vies. Il n’y avait plus de quai sous mes pieds, plus de ciel au-dessus de ma tête, plus d’horizon, plus d’air. Juste l’eau, partout, brutal, solide, invincible. » Mais le plus étonnant c’est que la cause de ce raz de marée est un monstre géant qui surgit de l’océan sous les yeux ahuris des enfants. À chacun de ses pas, la terre tremble, les maisons s’écroulent, la ville n’est que ruines.
Ce jour-là, certains enfants vont mourir, d’autres verront leurs parents sous les décombres de leur maison. Ils se croiront sauvés quand l’armée intervient mais l’armée vient seulement pour tuer le monstre. Cette scène d’apocalypse, Léon la porte en lui depuis vingt ans. Cette visite au plus près de ses souvenirs va-t-elle changer sa vie ?

Les dessins en pleine page d’Énora Saby inondent de couleurs toutes les pages, le texte apparaît en surimpression sur ces couleurs. Si les enfants sont bien identifiables ainsi que leurs émotions, le monstre n’est que suggéré : des jambes immenses comme des poteaux, un trou à la place du ventre, la tête dans les nuages… Les maisons détruites, les scènes dans l’église en feu sont magnifiques. Ces dessins, en parfaite symbiose avec le roman, renforcent l’ambiance sombre, mystérieuse et féerique du texte.

Nadine Dutier 
(29/09/22)    



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Jeunesse







Actes Sud Junior

(Septembre 2022)
208 pages - 17,80








Texte
Vincent MONDIOT


Illustrations
Énora SABY