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Antonio PAOLACCI & Paola RONCO


Nuages baroques


Un nouveau venu dans le polar italien. Après Montalbano en Sicile, Brunetti à Venise ou Ricciardi à Naples, voici Paolo Nigra à Gênes et bien sûr, là aussi, la ville est plus qu’un décor.
L’enquêteur héros de cette série, Paolo Nigra, est à Gênes depuis cinq ans, venant de Turin et il ne peut s’empêcher de comparer de temps en temps les deux villes. « La place sur laquelle donnait son bureau lui paraissait une maladroite copie miniature d'un coin de sa chère Turin, sauf que Turin était d'emblée magnifique, tandis que Gênes avait une beauté cachée qui se révélait surtout dans la cacophonie du centre, si désordonné, aux rues étroites et si mal pavées, et aux angles si biscornus. »
Gênes et ses habitants lui paraissent d’un abord rugueux. « Pour les restaus, je peux vous donner quelques noms. Mais si vous cherchez des endroits où les clients sont bien traités, je pense que vous devriez quitter Gênes, voire toute la Ligurie. […] Il faut un certain temps pour se mettre au diapason des Génois. Mais, avec le temps, on apprend que, bien souvent, les manières brusques ne sont que de la frime et qu'elles cachent de belles personnes. »

Nigra est homosexuel déclaré et ce n’est pas évident dans la police, en Italie ou ailleurs ! Mais il sait se faire respecter, par la parole ou par le geste. Son compagnon, Rocco, est comédien et, comble de l’ironie, interprète le rôle d’un commissaire dans une série télévisée. C’est un personnage de séducteur qui plaît aux femmes et l’acteur n’a aucune envie que des paparazzis viennent révéler son homosexualité et sa relation avec Nigra.  C’est un sujet délicat entre eux. Nigra aimerait se promener librement, main dans la main dans les rues, mais Rocco préfère éviter pour protéger sa carrière.

L’homosexualité de Paolo Nigra n’est pas sans lien avec l’enquête qu’il va mener. Dès les premières pages, le corps d’un jeune homme est découvert par un quinquagénaire faisant son jogging à six heures du matin. « Il vit un bras et une main. Et il vit tout le reste. Les jambes moulées dans un legging élastique, le manteau d’un rose brillant. »
Quand Nigra arrive sur les lieux, son adjointe lui résume les premières constatations. « En deux mots ? Ils l'ont massacré, pauvre gars. D’après ses vêtements, y a de fortes chances qu'il ait été à la fête d'hier soir, ici sur le vieux port, celle en soutien aux unions civiles. » (Depuis mai 2016, une loi italienne autorise le concubinage et l'union entre homosexuels.)

Ce chapitre nous permet de comprendre que les grades sont particuliers à Gênes. Nigra n’est pas inspecteur ou commissaire mais sous-préfet adjoint (en italien, vicequestore aggiunto) et son adjointe, Marta Santamaria, est assistante en chef. Il faudra s’y habituer…
Il peut aussi compter sur l’inspecteur en chef Caccialepori qui est toujours malade – se mouchant, toussant, se plaignant sans cesse – mais toujours présent et efficace.
Les relations sont plus difficiles avec le commissaire en chef Musso, issu d’une famille aisée de la ville et fier de l’être, toujours prêt à ironiser sur l’orientation de Nigra comme lorsqu’il lui demande à propos de la victime :
« –Vous le connaissiez ? Peut-être l'avez-vous rencontré quelque part ? […]
– Qu'est-ce que tu sous-entends, Musso ?
– Je pensais que, en somme, dans le milieu...
– Ah oui, bien sûr, dans le milieu... Au prochain homicide d'un hétéro, rappelle-moi de te demander si tu connaissais la victime. Entre vous, vous vous connaissez sûrement tous, hein ? »

L’enquête est dirigée par le substitut du procureur, Elia Evangelisti, qui va se révéler aussi un personnage à part entière, parfois distant mais souvent complice avec Nigra, et fin lettré capable de se lancer dans une intéressante présentation de Dürrenmatt et son analyse du roman policier.

En ce qui concerne la victime, on apprend qu’il s’agit d’Andrea Pittaluga, un étudiant de 23 ans, dont les parents ont disparu quand il avait huit ans et qui vit chez son oncle, un architecte génois réputé. Andrea affichait son orientation sexuelle sans complexe et la piste du crime homophobe semble évidente d’autant plus que, dans ce domaine, les suspects, violents et agressifs, ne manquent pas. Mais bien sûr, pour le sous-préfet adjoint, il faut se méfier des évidences et, en cherchant un peu, d’autres pistes vont se présenter.

Les frictions au sein de l’équipe apportent une certaine légèreté à l’ensemble, de même que la relation complexe entre Nigra et son beau comédien, sans oublier la présence d’une voisine haute en couleur qui n’a pas sa langue dans sa poche et sait remonter le moral de Nigra quand il flanche un peu.

À peine le livre refermé, on a déjà envie de retrouver cet univers vivant et chaleureux (sauf pour la victime, évidemment). Trois volumes ont déjà paru en Italie, un seul en France, on attend avec impatience la traduction des suivants…

Serge Cabrol 
(02/12/22)    



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Noir & polar







Antonio PAOLACCI & Paola RONCO, Nuages baroques
Rivages / Noir

(Octobre 2022)
352 pages - 22

Version numérique
16,99

Traduit de l'italien par
Sophie BAJARD













Antonio Paolacci


& Paola Ronco


ont écrit plusieurs livres séparément avant de choisir d’écrire à quatre mains. Nuages baroques est le premier volume
de leur série policière.



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paolacci-ronco.it