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Pascal MARTIN


Va manger tes morts


"Les nouveaux Bonnie and Clyde", le titre du journal est sans doute exagéré mais Rio ne peut s’empêcher d’y penser. Depuis qu’il a rencontré Romane, sa vie part en vrille, les cadavres se multiplient et tout le monde les poursuit. Pourtant, il ne s’est jamais senti aussi vivant et heureux. Si ce n’est pas de l’amour, ça y ressemble !

Tout a commencé dans une brasserie parisienne où Rio Capo Ortega est installé face à un pavé de bœuf saignant à cœur. À la table voisine, un couple ; l’homme donne une gifle à la femme qui l’accompagne ; puis une deuxième ; Rio ne peut s’empêcher d’intervenir. Mal lui en prend. L’homme le soulève de sa chaise, le balance par terre et retourne s’asseoir mais à peine est-il assis que la jeune femme sort un pistolet de son sac et lui tire une balle en pleine tête en criant : « Va criave tes moulos ! ».

Sous la menace de son arme, Romane oblige ensuite Rio à sortir de la brasserie et à la conduire chez lui. Et ainsi se met en place une étrange vie commune qui a tous les aspects d’une cavale avec à leurs trousses à la fois la police et les amis de l’homme qu’elle a tué. Qui est cet homme ?
Pourquoi l’a-t-elle tué ? Rio ne le saura que beaucoup plus tard. Romane ne dit que ce qu’elle veut. Ses vérités sont très partielles. Elle lâche les infos au compte-gouttes.
« – Juste avant de tirer, tu as crié quelque chose. C'était quoi ?
– Va criave tes moulos !
– Ça veut dire quoi ?
– Va manger tes morts !
Rio fit la grimace.
– C'est comme qui dirait, va te faire enculer, précisa la jeune femme.
– C'était qui ce type, Romane ?
Elle soupira.
– Un sac à moutrave.
– Quoi ?
– Une merde.
– Mais encore ?
– Pas envie d'en parler. »

Rio menait jusque-là une vie tranquille, peut-être trop. Pas de femme, pas d’enfant, un travail régulier d’enquêteur à l’Agence de Lutte contre la Fraude à l’Assurance. Romane débarque dans son petit univers et chamboule tout. Elle le fascine et le perturbe à la fois. « Romane était une rebelle, une sorte d'anarchiste sans foi ni loi, alors que lui était exactement l'inverse. Il s'était coulé dans le moule de l'homme bien sous tous rapports, respectueux de la loi, traversant toujours dans les clous, ne s'écartant jamais du droit chemin, vouant sa vie à traquer les menteurs, les profiteurs, les parasites, les sangsues et autres vampires de la société qui enfreignaient la loi en escroquant les assurances. Il fallait reconnaître que Romane n'avait pas eu la même chance que lui. »

De bavardages en confidences, on découvre le passé de chacun, on apprend à les connaître. On s’amuse et on s’émeut de leurs différences et de ce qui les rapproche.
« – Je ne comprends pas ce que tu dis. Tu emploies des mots...
– J'suis du voyage, une Kali, tu vises ?
Rio secoua la tête.
– Gitane, manouche, tzigane... Chez nous c'est la penave, on parle comme ça à la base. »
« Au fil du temps, Rio s'était habitué aux répliques nébuleuses de Romane. Il ne comprenait pas toujours ce qu'elle disait, ni le sens des mots qu'elle employait, mais on peut aimer la musique d'une chanson sans en comprendre les paroles. »

Le roman prend des allures de road-movie quand ils quittent Paris pour échapper à leurs poursuivants et Romane n’hésite pas à profiter de cette cavale pour régler quelques comptes au passage, le pistolet à la main si c’est nécessaire. Rio ne sait plus où il en est mais il ne peut résister à son charme et au goût nouveau de l’aventure. Le lecteur n’en ferait peut-être pas autant mais prend beaucoup de plaisir à les suivre dans leur magnifique et terrifiante échappée.

Serge Cabrol 
(09/03/22)    



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Noir & polar








Jigal
(Septembre 2021)
296 pages - 18,50










Pascal Martin

(1952-2020)
Grand reporter et journaliste d’investigation, il a réalisé de nombreux documentaires pour la télévision et publié une quinzaine de livres.


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