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Anne-Christine TINEL

Malena, c’est ton nom


Voilà un roman superbement écrit pour évoquer la perte d’identité sous toutes ses formes. En effet, nous suivons le parcours de Malena Rearte, jeune femme argentine, qui a été terriblement frappée par la dictature dans son pays.
Après avoir perdu sa famille, elle s’exile en Italie puis en France où elle est soutenue par la Cimade, organisme qui a aidé beaucoup de réfugiés politiques à obtenir des titres de séjour. Mais paradoxalement, Malena s’intègre difficilement aux groupes d’exilés politiques argentins. Elle a du mal à parler de son passé militant. Quel est son mystère ? Quel est le mal-être qui la hante au fil des pages ? Il est sûr qu’elle ne parvient pas à effacer les traumatismes qu’elle a vécus en Argentine. Elle tente d’oublier son passé, elle cache même la vérité totale à Arnaud, l’homme avec qui elle partage sa vie pendant de nombreuses années et qui l’aide à retrouver un équilibre sur sa terre d’exil.

« Le rêve a opéré une fissure dans l'étanchéité du quotidien où tu t'imaginais, poisson furtif, pouvoir évoluer en vase clos, comme s'il n'existait plus aucun lien entre ta vie d'ici et l'autre ; comme si, même, tu n'avais jamais vécu ce que tu as vécu ; comme si le simple fait de poser le pied sur le continent européen avait fait de toi une femme neuve ; comme s'il était possible de tourner la page, comme si chaque fois qu'un lecteur tournait une page il se trouvait face à un début d'histoire, comme si chaque histoire ne comportait qu'une seule page, brève et inconséquente... »

Alternent avec les démarches de Malena en Europe, les marches des mères de la Place de Mai qui ne veulent pas que leurs enfants disparus soient oubliés, les exactions des tortionnaires argentins, leurs différentes méthodes pour terroriser le peuple argentin, les vols de bébés, l’arrivée d’anciens nazis sur le sol argentin… 

Passionnée de peinture, Malena donne toujours beaucoup d’importance à cet art qui parfois la renvoie à son vécu. Paul, avec qui elle étudie la peinture aux Beaux-arts, l’aidera beaucoup dans ses démarches à Paris pour obtenir ses papiers dans le dédale administratif.
La fin de la dictature a lieu trois mois après l’obtention de son permis de séjour mais Malena restera en France ce qui lui permettra de rencontrer Arnaud.

Le roman débute sur Malena hospitalisée.
« - Docteur, Malena fuit les informations… Quelque chose lui fait peur. »
Cinq parties nous font voyager dans le temps entre 1982 ; 2005 ; 1978-1982 ; 2005 ; 2006.
Dans la période 1978-1982, nous croisons une autre jeune femme, Romi, qui a épousé un médecin au rôle bien trouble pendant la dictature. Romi rencontre Malena et leurs deux vies en seront bouleversées.

Cette organisation fragmentée ainsi que l’écriture par petites touches impressionnistes dessinent un tableau au fil des pages qui révèlera sa vérité à la fin du roman quand nous aurons la totalité de cette peinture terrible d’une époque monstrueuse vécue par l’Argentine.
L’écriture par fragments montre bien le mal-être, la confusion qui émerge dans des situations extrêmes.
C’est un roman essentiel dans une période où les idées nauséabondes réapparaissent dans plusieurs pays. La dictature et la force ne règlent jamais les problèmes.
Ce texte est un bel hommage à la liberté d’être soi-même malgré un cheminement sinueux et douloureux.

Brigitte Aubonnet 
(24/10/22)    



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Elyzad

(Septembre 2022)
320 pages - 21,50










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