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Nina ALMBERG

Pour Suzanne


Léa a 24 ans quand elle demande, au milieu d’une conversation anodine, à sa mère Florence : « Maman, tu penses que Grand-Père est vraiment ton père ? »
Léa a 25 ans quand elle se rend compte qu’elle a en réalité prononcé une première fois ces mots alors qu’elle n’avait que 12 ans.

Florence, elle, a 50 ans quand le secret de ses origines est enfin levé. Quand le mot « inceste » peut être prononcé pour dire ce qu’elle a vécu à 12 ans.

Suzanne avait 50 ans quand sa fille Florence lui a dit comment ce sculpteur de ses amis l’avait touchée. Mais Suzanne a 80 ans quand elle entend enfin ce que veulent dire ces mots.

Nina Almberg laisse à ces trois femmes l’occasion de dire ce que ce secret a signifié pour elles, comment la vie s’est construite autour de lui, comment chaque existence s’y est heurtée mais aussi comment la levée de certains tabous est salutaire.

Pourquoi cette mère aimante n’a pas entendu ce que lui disait sa fille ? À ce déni on pourrait trouver de nombreuses raisons que l’autrice évoque sans jugement ni moralisme. Car Suzanne n’est-elle pas d’une génération où les femmes encaissaient, où les relations hommes-femmes n’étaient pas égalitaires ? d’une génération où les femmes ne se plaignaient pas des violences, qu’elles soient sexuelles ou gynécologiques et obstétricales ? Et si, dans cette génération, existaient déjà des femmes libres, comme a pu l’être la tante Eliane, c’est pourtant à Léa, fruit d’une nouvelle époque et réceptacle des secrets familiaux, que revient la charge de faire bouger les choses.

« Normalement les anciens transmettent le récit de leurs origines à leurs enfants qui, à leur tour, le lèguent à leur propre progéniture. Là, les secrets et les silences n’avaient laissé qu’une page blanche.
Tout était chamboulé, la lignée était inversée : c’était moi, tout au bout de la branche, qui avait dû m’atteler à reconstituer ce qui s’était passé et qui avais tenté de le faire voir à mes ascendantes. »

Loin de faire de Léa, Florence et Suzanne, des figures au service de sa démonstration, l’autrice donne au contraire à ses personnages une grande humanité. Au gré de la quête de vérité de Léa, on aime à découvrir les personnalités de chacune, à contempler à travers leurs yeux la beauté et la douceur de Denis (le mari, le père, le grand-père), à se laisser porter par leurs souvenirs, mais aussi et surtout par les élans de vie qui ne quittent jamais ces trois femmes.

Grâce à son écriture sensible, Nina Almberg nous offre avec Pour Suzanne un beau livre sur la transmission, celle des secrets qui passent d’une génération à l’autre mais aussi celle de l’amour qui lie les membres d’une famille. 

Amandine Farges 
(23/02/23)    



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Nina ALMBERG, Pour Suzanne
Hors d'atteinte

(Janvier 2023)
212 pages - 19















Nina Almberg